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La Leptospirose

Une maladie infectieuse sous estimée et potentiellement grave

Regards sur la Leptospirose n°11

Prolifération de rats dans le milieu carcéral : une situation préoccupante pour la santé

La prolifération de rats dans les prisons nationales a fait l’objet de plusieurs alertes au cours de l’année 2016, avec notamment des cas groupés de leptospirose parmi les détenus d’un centre pénitentiaire d’Île-de-France. Une situation qui fait craindre une recrudescence de cette maladie et a conduit les autorités sanitaires à publier récemment un rapport sur ce sujet.(1) Quelles sont les mesures de prévention qui s’imposent ?

“L’investigation de Santé
Publique France a conduit
à la mise en place de
nouvelles actions
préventives au bénéfice
du personnel pénitentiaire
comme des détenus”

En février 2016, le signalement de deux cas graves de leptospirose – heureusement non fatale – dans un centre pénitentiaire d’Île-de-France a conduit Santé Publique France à mener une investigation épidémiologique au sein de l’établissement.

Dans le premier cas, le détenu s’était blessé au doigt avec un fil de fer barbelé. Après des premiers symptômes de myalgies diffuses, diarrhées, vomissements et sensation de fièvre non objectivée, son état a rapidement évolué vers un choc septique, une infection respiratoire aiguë et une acidose métabolique.

Dans le deuxième cas, le détenu faisait partie de l’équipe en charge du nettoyage des abords extérieurs du bâtiment. Il n’avait pas été vacciné contre la leptospirose malgré la recommandation faite par l’Unité de consultations et de soins ambulatoires (UCSA) aux personnes occupant cette fonction. Après une fièvre associée à des arthralgies diffuses invalidantes puis l’apparition de crachats hémoptoïques, et malgré une antibiothérapie, son état a évolué vers un sepsis sévère avec atteinte pulmonaire, atteinte hépatique et insuffisance rénale aiguë.

Un milieu propice au développement de la leptospirose

Aucun autre cas n’a été mis en évidence, mais l’enquête a permis d’identifier des facteurs favorisant la prolifération des rats, vecteurs privilégiés de la leptospirose : consommation de nourriture dans les cellules, habitude d’accrocher des stocks d’aliments aux fenêtres pour pallier le manque de moyens de conservation, évacuation par les fenêtres des déchets alimentaires après chaque repas, malgré la distribution de sacs poubelles.

 

 

Des mesures indispensables pour prévenir l’apparition de nouveaux cas

L’investigation de Santé Publique France a conduit à la mise en place de nouvelles actions préventives au bénéfice du personnel pénitentiaire comme des détenus :

• Travaux de bétonnage des zones enherbées ; • Nettoyage des abords des bâtiments après le déjeuner ;

• Meilleure information des nouveaux arrivants ; et pour les personnes occupant une fonction à risque, comme les détenus chargés du ramassage des débris alimentaires autour des bâtiments et le personnel effectuant des travaux de maçonnerie ou d’électricité :

• Mise en place d’un pédiluve pour rincer les bottes ;

• Création d’un local dédié pour mettre et enlever les équipements de protection, ce qui se faisait auparavant dans les cellules ;

• Suivi des recommandations vaccinales et rattrapage si nécessaire.

“Les rongeurs ne se cantonnent pas aux égouts. D’autres professions sont donc concernées, notamment dans le nettoyage de surface et la gestion des déchets…”

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com

Avis d’expert :
Aujourd’hui, tous les feux sont verts pour que les rongeurs se multiplient

Expert des rongeurs et de l’impact de leur prolifération sur la santé humaine, Romain Lasseur est le fondateur d’Izipest, cabinet qui apporte un soutien scientifique et technique dans la gestion des espèces nuisibles vectrices de zoonoses.

« La multiplication des populations de rongeurs dans les milieux urbains et péri-urbains est aujourd’hui préoccupante. Dans le cas des prisons, l’environnement est parfois insalubre. Quand les bâtiments sont anciens, les rats peuvent s’installer aisément dans les caves et autres cachettes. La dératisation est donc compliquée car les rats trouvent en permanence de quoi se nourrir : les détenus jettent des aliments par les fenêtres, mais leurs familles leur lancent également de la nourriture par-dessus les coursives. Arrivant des égouts, les rats ont accès à toutes les pièces de vie et installations sanitaires et représentent un danger pour toutes les personnes qui sont présentes dans l’établissement, y compris bien sûr les agents de surveillance.

Mais le problème ne se limite pas aux prisons. En effet, nous gaspillons de plus en plus de nourriture et avons de mauvaises pratiques de gestion des déchets. Quand les poubelles sont vidées le matin et que nous les sortons le soir, les rongeurs ont toute la nuit pour se servir… En même temps, la tendance est au bannissement des produits chimiques et à la protection des espèces animales. Nous créons donc les conditions propices à la recrudescence des populations de rats.

Ne prenons pas à la légère les risques de leptospirose

Les égoutiers sont considérés depuis longtemps comme une population à risque pour la leptospirose. Cependant, aujourd’hui, les rongeurs ne se cantonnent pas aux égouts. D’autres professions sont donc concernées, notamment dans le nettoyage de surface et la gestion des déchets… En dehors des villes, on constate aussi une forte recrudescence des populations de ragondins, qui conduit à une hausse des cas de leptospirose sur les bases nautiques et chez les adeptes du canyoning, de la pêche, de la chasse ou encore des parcours sportifs dans la nature. Et que dire des fermes, où les rongeurs ont de l’espace et de la nourriture pour prospérer ? La promiscuité entre rongeurs et animaux domestiques et entre animaux domestiques et éleveurs favorise la propagation de la maladie.

C’est l’urine des rongeurs qui souille l’environnement et favorise la circulation du pathogène. Aujourd’hui, on joue à l’apprentisorcier avec la leptospirose. Les contacts avec les milieux souillés se multiplient mais la conscience du risque ne suit pas. Il est urgent de cartographier les zones à risque puis, dans ces zones, de lutter contre les rongeurs et vacciner les professionnels concernés, sur recommandation du médecin du travail.

Au cours des formations que je dispense aux professionnels de la dératisation, je me suis rendu compte que la grande majorité d’entre eux ne sont pas vaccinés contre la leptospirose ! C’est un secteur où le turn-over humain est important. L’information ne circule pas suffisamment. Pour les personnes particulièrement exposées, la vaccination, associée aux autres moyens de prévention, est pourtant essentielle contre cette maladie dont le nombre de cas augmente et qui peut être fatale.

Aujourd’hui, la leptospirose progresse car on laisse proliférer les rongeurs, mais il ne faut pas être alarmiste pour autant. Chacun doit réfléchir à son exposition au risque et mettre en place une protection adaptée. »

Références bibliographiques

1. Legout C., Septfons A., Fac C., Picardeau M., Merle C., Fouassier P. et al. Investigation de cas groupés de leptospirose parmi les détenus d’un centre pénitentiaire d’Île-de-France. Saint-Maurice : Santé publique France ; 2016. 24 p. Disponible à partir de l’URL : http://www.santepubliquefrance.fr