Informez vos proches,
PARTAGER C’EST PROTÉGER !

La Leptospirose

Une maladie infectieuse sous estimée et potentiellement grave

Étiquette : entretien des espaces verts

Regards sur la Leptospirose n°19

Les métiers de l’eau et de l’assainissement : risques d’exposition à la leptospirose élevés

Ce ne sont pas des navigateurs. D’ailleurs, la plupart du temps, bien que l’eau occupe une place centrale  dans leur travail, ces employés exercent leur activité sur la terre ferme. Ils exercent, pour certains, les métiers de traitement des eaux usées, de l’eau potable ou encore de l’assainissement, d’autres interviennent dans le domaine de l’environnement et d’entretien des espaces naturels. Salariés des travaux publics, ils peuvent être missionnés sur des chantiers de construction et d’entretien des berges et des voies navigables ou encore à proximité des bassins. D’autres, enfin, professionnels des sports et loisirs, travaillent au contact direct avec des eaux douces. Pour tous, travailler dans l’environnement aquatique, au contact direct avec les eaux ou dans un environnement humide constitue le risque d’être exposé à la leptospirose.

Cette maladie infectieuse est  transmise par les urines et les déjections des rongeurs qui souillent ainsi les eaux. Une fois dans l’environnement, les leptospires, bactéries responsables de cette maladie, peuvent survivre jusqu’à 6 mois en milieu humide (eau ou boue) et même à 4°C.

Les métiers de traitement des eaux usées et de l’assainissement

En contact  avec des eaux usées, contenant des micro-organismes, lors des travaux d’exploitation ou d’entretien dans les égouts ou dans les stations d’épuration,  ces professionnels sont au contact des installations accessible aux rongeurs, plus particulièrement aux rats et autres animaux. Ils sont donc les premiers exposés au risque de leptospirose.

Claude, anciennement employé dans l’assainissement et ayant été hospitalisé plusieurs jours à cause d’une leptospirose nous livre son expérience personnelle : « J’étais responsable d’une agence dans l’assainissement. J’étais forcément en contact avec les véhicules d’assainissement. Ma société étant proche de Paris, les véhicules étaient là dans la demi-heure qui suivait. Il a suffi d’un simple contact avec les boues d’un camion, mes mains étant démunies de gants, car j’étais souvent au téléphone ! Téléphoner avec des gants, ce n’était pas possible à cause des touches. Et c’est ça le problème et en plus je me rongeais les ongles ! Il ne fallait pas… Une simple blessure aux doigts a suffi pour être contaminé ! »

Les métiers de l’eau potable

Les réseaux d’eau potable peuvent constituer une possible source de contamination pour le personnel. Par exemple lors de la réparation d’une fuite. L’agent entre en contact avec le milieu environnant, gardé humide à cause de cette fuite d’eau, potentiellement contaminé par de l’urine de rats ou d’autres animaux concernés. Ce risque est d’autant plus important que les gants utilisés par les employés sur le réseau d’eau potable ne sont souvent pas étanches. Parfois même, les agents retirent leurs gants pour réaliser des actions de précisions, avec leur doigts, que les gants ne permettent pas toujours de faire.

 « Mon métier consistait à poser des réseaux d’eau, changer des compteurs, effectuer les réparation sur le réseau, nettoyer des châteaux d’eau, tout ce qui a un rapport avec l’eau potable du forage à la distribution chez les particuliers. Tous ces endroits sont des endroits à risque de leptospirose j’ai envie de dire, parce que par exemple les vieilles conduites ou les fosses à compteur sont souvent situées dans les endroits exposés. »  nous explique Frédéric qui a contracté la leptospirose lors de son exercice en tant Préposé à l’exploitation des compteurs d’eau.

Les métiers de la voie d’eau (VNF)

Les employés de construction et d’entretien des berges et des voies navigables en eaux douces se retrouvent souvent en première ligne lors des crues et inondations. Le contact direct de l’eau et le voisinage des rongeurs fait de cet environnement une zone d’exposition pour les salariés tels que les éclusiers, plongeurs, agents de maintenance, etc.

Les métiers de l’environnement et d’entretien des espaces naturels

Les travaux d’entretien des espace naturels effectués sur les berges de rivières ou dans des cours d’eau convoités par les ragondins amènent les salariés à descendre dans les bassins ou accéder aux installations immergées et intervenir bien souvent dans les milieux boueux, marécageux et humides. Toutes ces conditions sont favorables à une contamination par les leptospires.

Les pêcheurs et pisciculteurs

Chez les pêcheurs les contaminations sur les berges ne sont pas exceptionnelles. Leur métier les amène à se trouver sur les rives et les eaux stagnantes des cours d’eau coupés de barrages qui sont des sites très favorables à la contamination.
Par ailleurs, l’élevage par les pisciculteurs et aquaculteurs des poissons d’eau douce à l’intérieur des terres dans des bassins ou étangs, fait l’objet de nombreuses tâches manuelles dans des conditions propices à la présence des leptospires (milieu humide, zones d’entrepôt de la nourriture des poissons ou les zones à déchets propices à la présence et à la prolifération de rats).

Les professionnels des sports et loisirs des eaux douces

Avec la tendance aux « sports nature », de plus en plus nombreux sont les travailleurs éduquant, encadrant ou pratiquant en compétition des activités sportives ou récréatives en eaux douces pouvant exposer au risque de leptospirose. Citons parmi ces sports et activités en eau douce le canyoning, le canoë-kayak, le rafting, etc.) ainsi que les nouvelles expériences « tendance », tels les courses dans la boue.

Pour plus d’information
sur la leptospirose :
www.leptospirose-prevention.fr

DES MOYENS DE PRÉVENTION EXISTENT : PARLEZ-EN A VOTRE MÉDECIN !

La prévention en milieu professionnel passe avant tout par une bonne communication auprès des travailleurs exposés : par la sensibilisation des personnes à risque ( à l’embauche et régulièrement renouvelée tout au long de l’exercice).
Pour lutter contre la leptospirose il est important de respecter les consignes de prévention :
– En portant les équipements de protection : gants, bottes, combinaison, lunettes de protection…
– En respectant des règles d’hygiène : désinfecter et protéger les plaies, se laver les mains…
– En consultant son médecin traitant en cas de syndrome grippal
La vaccinationest également recommandée sur avis du médecin, associée aux autres moyens de protection, décrites ci-dessus, pour les professionnels particulièrement exposés.

Vous avez des employés à risques de leptospirose dans votre structure ?

Pour mieux vous informer sur la leptospirose et sa prévention, nous pouvons intervenir à titre gracieux lors d’une réunion de sensibilisation à la leptospirose à destination des salariés à risque qui dure 45 à 60 minutes selon le nombre de questions.
Contactez-nous pour réserver votre prochaine réunion avec un de nos Chargés d’Information et de Prévention : leptospirose@imaxio.com

Références bibliographiques

1. Avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique en France relatif aux recommandations pour la prévention de la leptospirose en cas d’activité professionnelle à risque (séance du 18 mars 2005)

Regards sur la Leptospirose n°17

Cyril WARMBERG,

Médecin du travail, exerçant dans le service autonome de Disneyland Paris

Entretien des espaces verts : le risque de leptospirose existe !

Le risque de leptospirose chez les jardiniers-paysagistes semble actuellement en augmentation. Médecin du travail, exerçant dans le service autonome de Disneyland Paris et auteur d’un mémoire de recherche sur ce thème, le Docteur Cyril Warmberg, répond à nos questions.

“Des populations comme les jardiniers sont désormais remontées dans les statistiques de cas déclarés de leptospirose.”

Quelles raisons vous ont conduit à vous intéresser à la leptospirose ?

Cyril WARMBERG. La France est un des pays d’Europe dont l’incidence est la plus élevée, avec un cas pour 100 000 habitants et environ 600 cas dénombrés en 2017. Pendant très longtemps les jardiniers de la destination étaient suivis par la MSA (mutuelle sociale agricole). Lorsque j’ai récupéré leurs dossiers médicaux, j’ai souhaité venir étudier sur place leur poste de travail afin d’observer les méthodes utilisées pour entretenir la végétation de Disneyland Paris. C’est à cette occasion que j’ai constaté qu’ils faisaient face à des situations au cours desquelles ils pouvaient être contaminés par des leptospires. Ainsi, ai-je remarqué qu’ils descendaient dans les bassins pour faire l’entretien des berges, qu’ils avaient accès à des vannes d’eau dans des trappes immergées et que par temps de pluie, ils travaillaient bien souvent dans la boue. Toutes ces conditions sont favorables à une contamination par les leptospires.

Les employés dont vous vous occupez étaientils informés des risques qu’ils encouraient ?

CW. Lorsque je leur ai parlé de la leptospirose, j’ai constaté qu’ils ne connaissaient guère la maladie et n’avaient aucune conscience des risques. De fait, dans la littérature scientifique les jardiniers paysagistes ne font pas partie des professions les plus exposées. Ils se situent en 6ème position, bien loin derrière les égoutiers, les agriculteurs et éleveurs ou les travailleurs du BTP. Mais des enquêtes plus récentes suggèrent qu’aujourd’hui ils seraient à la troisième place. Il était donc important de les sensibiliser à cette maladie.

Vous venez de publier un travail de recherche portant sur ces populations. Votre mémoire rappelle justement que ce risque est en croissance chez les jardiniers-paysagistes. Comment expliquer ce phénomène ?

CW. La leptospirose est reconnue comme maladie professionnelle et inscrite au tableau 19A du régime général de la Sécurité Sociale et au tableau 5 du régime agricole. Les populations qui étaient les plus concernées il y a quelques années bénéficient aujourd’hui d’un suivi très régulier basé sur le port d’équipements de protection (EPI), la modification des processus de travail, et surtout une vaccination préventive. Ces mesures efficaces de prévention ont permis de faire chuter le risque dans ces professions très exposées. Comme ces professionnels sont beaucoup mieux protégés, des populations comme les jardiniers, pour qui le risque a été sous-estimé sont désormais remontées dans les statistiques de cas déclarés.

Une étude épidémiologique menée naguère en Suisse suite à un cas de leptospirose avait établi que 12% des rats présents dans les parcs de Zurich étaient infectés par la bactérie ? L’augmentation du risque est-elle liée au développement de ces populations de nuisibles ?

CW. La leptospirose se contracte au contact d’eau ou de boues souillées par des urines d’animaux, domestiques ou sauvages, affectés par la maladie. Les muqueuses (notamment oculaires) et les plaies, sont la porte d’entrée de la bactérie dans l’organisme. Je ne connais pas le nombre de rats évoluant dans nos parcs, mais il est clair que ce nombre ne cesse d’augmenter. Ceci est vrai tant au niveau des villes que sur notre site. Nous avons d’ailleurs un service dédié à la lutte contre les nuisibles, qui veille à éviter toutes les circonstances favorisant leur développement. Ce service organise des inspections régulières de tous les bâtiments du site et fait des recommandations afin de supprimer les conditions favorisant le développement de ces populations. Nous portons une attention particulière à l’évacuation des déchets, nous veillons à ce qu’aucune nourriture ne traîne. Pour éradiquer ces nuisibles nous n’utilisons pas de produits de dératisation chimiques, mais avons disposé des pièges à rats dans tous les bâtiments.

PROFESSIONS VERTES ET VERDISSANTES :

Les professions vertes et verdissantes, c’està- dire les métiers ayant une finalité environnementale ou dont l’exercice peut être affecté par l’environnement, représentent près de 4 millions d’emplois en France. Ainsi donc, 14,6% des emplois seraient liés de près ou de loin à l’environnement. Outre l’agriculture et l’élevage, on retrouve ces professions dans un panel de secteurs très large, production et distribution d’eau, métiers du bâtiment, transports ou encore sylviculture et entretien des espaces verts. De part leur contact rapproché avec la nature, ces métiers sont plus exposés que d’autres au risque de leptospirose.

“Il est important que les salariés soient conscients du fait que la leptospirose n’est pas une infection banale.”

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com
Quelles autres actions menez-vous ?

CW. Notre entreprise a une importante culture de la prévention ; nous disposons d’un service médical autonome composé de 8 médecins et 13 infirmières pour l’ensemble des 16 000 salariés. Nous avons en outre un grand pôle prévention constitué d’ingénieurs en sécurité du travail qui analysent les risques auxquels sont soumis nos employés. Nos deux pôles mènent ainsi des actions conjointes. Grâce à cette culture de la prévention, nos salariés sont de plus en plus sensibilisés à la maladie.

Comment les employés se protègent-ils ? Ces actions sont-elles suffisantes ?

CW. Lorsque j’ai débuté mon étude, les jardiniers ne se protégeaient pas contre la leptospirose. Et pourtant, mon étude d’observation avait montré qu’ils y étaient exposés… C’est dans ce cadre que nous avons organisé une séance de prévention. Les salariés ont apprécié qu’on les informe et qu’on leur propose des solutions pour maîtriser ce risque.

Quelles actions avez-vous menées et pour quels résultats ?

CW. Concernant les équipements, ils ont tous accepté de changer de modèle de gants et d’opter pour des dispositifs plus résistants et plus protecteurs. Ils ont également volontiers adopté les lunettes de sécurité qui préservent des projections d’eau contaminée dans l’oeil. En complément une vaccination leur a été proposée, et certains l’ont accepté.

Quels autres conseils leur avez-vous donné ?

CW. Il est important que les salariés soient conscients du fait que la leptospirose n’est pas une infection banale. On dénombre 23 sérotypes de Leptospira Interrogans. Parmi elles le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est à l’origine des formes les plus sévères de la maladie. Ce sérogroupe est impliqué dans 1/3 des leptospiroses recensées ; Il est identifié dans les 2/3 des cas hospitalisés en France. Les cas graves peuvent évoluer vers une défaillance multiviscérale caractérisée par une insuffisance rénale, une atteinte méningée ou pulmonaire, et un ictère. Dans 20 % des cas elle se complique d’un syndrome hémorragique potentiellement mortel. C’est la raison pour laquelle nous insistons auprès des salariés pour qu’ils consultent immédiatement leur médecin généraliste en cas de fièvre ou de symptôme grippal. Il est essentiel que leur médecin sache que le salarié appartient à une catégorie professionnelle à risque de leptospirose. En effet si un antibiotique est administré rapidement, l’infection peut être jugulée et la guérison peut ne laisser aucune séquelle. Cependant, si on attend trop longtemps -et particulièrement lorsqu’il s’agit de leptospirose Ictérohémorragique-, une hospitalisation s’impose. Les séquelles peuvent être importantes.

Références bibliographiques

1. Rapports d’activité 2017 et précédents du Centre National de Référence de la Leptospirose –Inst. Pasteur Paris
2. Rapport du Groupe de Travail du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique en France. Nouvelles recommandations relatives à la prévention du risque chez les personnes exposées à la leptospirose (présenté et adopté lors de la séance du CSHPF du 18 mars 2005)
3. Watrin M. Étude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010-2014. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016: 1-28
4. Décret no 2009-1194 du 7 octobre 2009 révisant et complétant les tableaux de maladies professionnelles annexés au livre IV du code de la sécurité sociale
5. Décretn°2007-1121, Journal Officiel du 9/07/07 (Code de la Sécurité Sociale)
6. Adler H, Vonstein S, Deplazes P, Stieger C, Frei R. Prevalence of Leptospira spp. in various species of small mammals caught in an inner-city area in Switzerland. Epidemiol Infect 2002;128:107-9