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La Leptospirose

Une maladie infectieuse sous estimée et potentiellement grave

Étiquette : professions à risque

JO 2024 : la leptospirose, un risque pour les employés chargés d’assainir la Seine

La «maladie du rat» inquiète les autorités en vue des JO de Paris 2024 qui accueilleront les épreuves de nage libre et de triathlon dans la Seine. Pour cela, un vaste plan de nettoyage de la Seine a été mis en place pour sécuriser la santé des athlètes. Les employés chargés de mettre en œuvre ces mesures sont confrontés à un risque élevé de contamination à la leptospirose, parfois mortelle. En effet, les bactéries responsables de cette maladie, transmise par l’urine des rongeurs, peuvent survivre dans l’eau et les milieux souillées pendant plusieurs mois même à 4°C.

La prévention, le port des équipements de protection individuelle et le respect des règles d’hygiène sont les meilleurs moyens pour protéger ces employés. Néanmoins, la vaccination contre la leptospirose est recommandée par la Haute Autorité de Santé pour les travailleurs de l’assainissement particulièrement exposés. Elle peut être proposée au cas par cas par le médecin du travail.

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Travailleurs exposés : comment reconnaître la « maladie du rat » et s’en protéger ?

IMAXIO et IZINOVATION vous invitent à participer au WEBINAR GRATUIT : Vendredi 26 Juin 2020 à 12h30 consacré aux enjeux sanitaires liés aux rongeurs et plus particulièrement à la maladie dont ils sont les principaux vecteurs : la leptospirose. Cette maladie professionnelle potentiellement grave touche les employés susceptibles de travailler en milieu humide contaminé par l’urine des rongeurs : Agents 3D, Agents de Voirie et des Espaces Vert, Éboueurs, Égoutiers, Agents du BTP, Piégeurs… Depuis 2014, cette maladie est en forte recrudescence. Rejoignez-nous pour :

  • Appréhender les risques liés aux rongeurs
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Regards sur la Leptospirose n°17

Cyril WARMBERG,

Médecin du travail, exerçant dans le service autonome de Disneyland Paris

Entretien des espaces verts : le risque de leptospirose existe !

Le risque de leptospirose chez les jardiniers-paysagistes semble actuellement en augmentation. Médecin du travail, exerçant dans le service autonome de Disneyland Paris et auteur d’un mémoire de recherche sur ce thème, le Docteur Cyril Warmberg, répond à nos questions.

“Des populations comme les jardiniers sont désormais remontées dans les statistiques de cas déclarés de leptospirose.”

Quelles raisons vous ont conduit à vous intéresser à la leptospirose ?

Cyril WARMBERG. La France est un des pays d’Europe dont l’incidence est la plus élevée, avec un cas pour 100 000 habitants et environ 600 cas dénombrés en 2017. Pendant très longtemps les jardiniers de la destination étaient suivis par la MSA (mutuelle sociale agricole). Lorsque j’ai récupéré leurs dossiers médicaux, j’ai souhaité venir étudier sur place leur poste de travail afin d’observer les méthodes utilisées pour entretenir la végétation de Disneyland Paris. C’est à cette occasion que j’ai constaté qu’ils faisaient face à des situations au cours desquelles ils pouvaient être contaminés par des leptospires. Ainsi, ai-je remarqué qu’ils descendaient dans les bassins pour faire l’entretien des berges, qu’ils avaient accès à des vannes d’eau dans des trappes immergées et que par temps de pluie, ils travaillaient bien souvent dans la boue. Toutes ces conditions sont favorables à une contamination par les leptospires.

Les employés dont vous vous occupez étaientils informés des risques qu’ils encouraient ?

CW. Lorsque je leur ai parlé de la leptospirose, j’ai constaté qu’ils ne connaissaient guère la maladie et n’avaient aucune conscience des risques. De fait, dans la littérature scientifique les jardiniers paysagistes ne font pas partie des professions les plus exposées. Ils se situent en 6ème position, bien loin derrière les égoutiers, les agriculteurs et éleveurs ou les travailleurs du BTP. Mais des enquêtes plus récentes suggèrent qu’aujourd’hui ils seraient à la troisième place. Il était donc important de les sensibiliser à cette maladie.

Vous venez de publier un travail de recherche portant sur ces populations. Votre mémoire rappelle justement que ce risque est en croissance chez les jardiniers-paysagistes. Comment expliquer ce phénomène ?

CW. La leptospirose est reconnue comme maladie professionnelle et inscrite au tableau 19A du régime général de la Sécurité Sociale et au tableau 5 du régime agricole. Les populations qui étaient les plus concernées il y a quelques années bénéficient aujourd’hui d’un suivi très régulier basé sur le port d’équipements de protection (EPI), la modification des processus de travail, et surtout une vaccination préventive. Ces mesures efficaces de prévention ont permis de faire chuter le risque dans ces professions très exposées. Comme ces professionnels sont beaucoup mieux protégés, des populations comme les jardiniers, pour qui le risque a été sous-estimé sont désormais remontées dans les statistiques de cas déclarés.

Une étude épidémiologique menée naguère en Suisse suite à un cas de leptospirose avait établi que 12% des rats présents dans les parcs de Zurich étaient infectés par la bactérie ? L’augmentation du risque est-elle liée au développement de ces populations de nuisibles ?

CW. La leptospirose se contracte au contact d’eau ou de boues souillées par des urines d’animaux, domestiques ou sauvages, affectés par la maladie. Les muqueuses (notamment oculaires) et les plaies, sont la porte d’entrée de la bactérie dans l’organisme. Je ne connais pas le nombre de rats évoluant dans nos parcs, mais il est clair que ce nombre ne cesse d’augmenter. Ceci est vrai tant au niveau des villes que sur notre site. Nous avons d’ailleurs un service dédié à la lutte contre les nuisibles, qui veille à éviter toutes les circonstances favorisant leur développement. Ce service organise des inspections régulières de tous les bâtiments du site et fait des recommandations afin de supprimer les conditions favorisant le développement de ces populations. Nous portons une attention particulière à l’évacuation des déchets, nous veillons à ce qu’aucune nourriture ne traîne. Pour éradiquer ces nuisibles nous n’utilisons pas de produits de dératisation chimiques, mais avons disposé des pièges à rats dans tous les bâtiments.

PROFESSIONS VERTES ET VERDISSANTES :

Les professions vertes et verdissantes, c’està- dire les métiers ayant une finalité environnementale ou dont l’exercice peut être affecté par l’environnement, représentent près de 4 millions d’emplois en France. Ainsi donc, 14,6% des emplois seraient liés de près ou de loin à l’environnement. Outre l’agriculture et l’élevage, on retrouve ces professions dans un panel de secteurs très large, production et distribution d’eau, métiers du bâtiment, transports ou encore sylviculture et entretien des espaces verts. De part leur contact rapproché avec la nature, ces métiers sont plus exposés que d’autres au risque de leptospirose.

“Il est important que les salariés soient conscients du fait que la leptospirose n’est pas une infection banale.”

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com
Quelles autres actions menez-vous ?

CW. Notre entreprise a une importante culture de la prévention ; nous disposons d’un service médical autonome composé de 8 médecins et 13 infirmières pour l’ensemble des 16 000 salariés. Nous avons en outre un grand pôle prévention constitué d’ingénieurs en sécurité du travail qui analysent les risques auxquels sont soumis nos employés. Nos deux pôles mènent ainsi des actions conjointes. Grâce à cette culture de la prévention, nos salariés sont de plus en plus sensibilisés à la maladie.

Comment les employés se protègent-ils ? Ces actions sont-elles suffisantes ?

CW. Lorsque j’ai débuté mon étude, les jardiniers ne se protégeaient pas contre la leptospirose. Et pourtant, mon étude d’observation avait montré qu’ils y étaient exposés… C’est dans ce cadre que nous avons organisé une séance de prévention. Les salariés ont apprécié qu’on les informe et qu’on leur propose des solutions pour maîtriser ce risque.

Quelles actions avez-vous menées et pour quels résultats ?

CW. Concernant les équipements, ils ont tous accepté de changer de modèle de gants et d’opter pour des dispositifs plus résistants et plus protecteurs. Ils ont également volontiers adopté les lunettes de sécurité qui préservent des projections d’eau contaminée dans l’oeil. En complément une vaccination leur a été proposée, et certains l’ont accepté.

Quels autres conseils leur avez-vous donné ?

CW. Il est important que les salariés soient conscients du fait que la leptospirose n’est pas une infection banale. On dénombre 23 sérotypes de Leptospira Interrogans. Parmi elles le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est à l’origine des formes les plus sévères de la maladie. Ce sérogroupe est impliqué dans 1/3 des leptospiroses recensées ; Il est identifié dans les 2/3 des cas hospitalisés en France. Les cas graves peuvent évoluer vers une défaillance multiviscérale caractérisée par une insuffisance rénale, une atteinte méningée ou pulmonaire, et un ictère. Dans 20 % des cas elle se complique d’un syndrome hémorragique potentiellement mortel. C’est la raison pour laquelle nous insistons auprès des salariés pour qu’ils consultent immédiatement leur médecin généraliste en cas de fièvre ou de symptôme grippal. Il est essentiel que leur médecin sache que le salarié appartient à une catégorie professionnelle à risque de leptospirose. En effet si un antibiotique est administré rapidement, l’infection peut être jugulée et la guérison peut ne laisser aucune séquelle. Cependant, si on attend trop longtemps -et particulièrement lorsqu’il s’agit de leptospirose Ictérohémorragique-, une hospitalisation s’impose. Les séquelles peuvent être importantes.

Références bibliographiques

1. Rapports d’activité 2017 et précédents du Centre National de Référence de la Leptospirose –Inst. Pasteur Paris
2. Rapport du Groupe de Travail du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique en France. Nouvelles recommandations relatives à la prévention du risque chez les personnes exposées à la leptospirose (présenté et adopté lors de la séance du CSHPF du 18 mars 2005)
3. Watrin M. Étude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010-2014. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016: 1-28
4. Décret no 2009-1194 du 7 octobre 2009 révisant et complétant les tableaux de maladies professionnelles annexés au livre IV du code de la sécurité sociale
5. Décretn°2007-1121, Journal Officiel du 9/07/07 (Code de la Sécurité Sociale)
6. Adler H, Vonstein S, Deplazes P, Stieger C, Frei R. Prevalence of Leptospira spp. in various species of small mammals caught in an inner-city area in Switzerland. Epidemiol Infect 2002;128:107-9

Regards sur la Leptospirose n°16

M. Gérald Guédon,

Directeur Scientifique de Polleniz
(Réseau FREDON-FDGDON Pays de la Loire)

Les piégeurs, bénévoles essentiels dans la prévention de la leptospirose

Chaque année, les piégeurs se mobilisent à travers la France pour lutter contre des espèces exotiques envahissantes ou classées comme susceptibles d’occasionner des dégâts. Parmi elles figurent le ragondin et le rat musqué. Outre leurs impacts sur l’environnement et certaines cultures, elles véhiculent des maladies transmissibles à l’homme, dont la leptospirose, plus connue sous le nom de « maladie des rats ». Régulièrement, des cas sévères ou mortels de leptospirose sont observés en France et parmi les piégeurs. Quel est l’état des lieux en France quant à la répartition de la maladie au sein des populations de ces rongeurs ? Quels sont les risques pour les piégeurs ? Quels moyens mettre en place en termes de prévention pour les piégeurs qui agissent au service de la collectivité, à la fois pour la santé publique et la préservation de l’environnement ?

“Un taux de
prévalence moyen de
la leptospirose de 50%
chez le ragondin en
France métropolitaine.”

Avec 302 000 animaux capturés et 2500 piégeurs actifs rien qu’en Pays de la Loire en 2016, Gérald Guédon, Directeur Scientifique de Polleniz et ancien Directeur de la FREDON Pays de la Loire (Fédération Régionale de lutte et de Défense contre les Organismes Nuisibles), connaît très bien les risques liés aux espèces exotiques envahissantes dont font partie les ragondins et les rats musqués. Aujourd’hui répartis sur la majorité du territoire, la régulation de leur population se pose. Détruisant les berges des cours d’eau et des canaux en zones de marais, l’impact de ces animaux s’observe rapidement dans les milieux qu’ils colonisent : écroulement de berges, dégradation d’ouvrages d’art et de digues, affaissement des chemins de halage, cultures consommées, détérioration de frayères, consommation d’espèces à forte valeur patrimoniale… Mais outre les risques environnementaux, ces espèces sont porteuses de maladies, dont une importante : la leptospirose. Selon une étude menée en 2008 sur 613 ragondins et rats musqués dans plusieurs régions de France métropolitaine, 44,8% d’entre eux étaient positifs à la leptospirose.(1) Plusieurs autres études ont été menées en France ces dernières années : elles ont montré un taux de prévalence moyen de la leptospirose de 50 % chez le ragondin.(2) Le piégeage n’est donc pas sans risque pour le piégeur. Ragondins et rats musqués sont porteurs asymptomatiques (= porteurs sains) de la leptospirose(3) : il est donc impossible pour un piégeur d’identifier si l’animal est atteint de la maladie ou non. Parmi les facteurs de risque de développement chez l’homme, il y a le contact direct avec les animaux infectés, mais aussi le contact avec des végétaux ou une eau souillée par l’urine de ragondins, de rats musqués ou d’autres animaux porteurs comme le campagnol, le rat surmulot ou le renard.(1,4,5) Une simple écorchure, un contact avec les muqueuses ou une peau macérée peuvent suffire à créer une porte d’entrée pour la bactérie et infecter le piégeur.

On peut en guérir après quelques semaines de traitement, si le diagnostic est posé à temps, mais certains en meurent aussi parfois. Comme le souligne Gérald Guédon, « c’est vrai qu’il y a rarement une année sans un décès dans la région. » La forme ictérohémorragique de la maladie, la plus sévère et la plus mortelle dans le monde pour l’homme, représente 2/3 des cas sévères en France métropolitaine(6) : elle provoque notamment des atteintes rénales et hépatiques conduisant le plus souvent en service de réanimation voire jusqu’à la mort. Selon l’étude menée dans plusieurs régions de France en 2008, 77% des ragondins positifs à la leptospirose étaient porteurs du sérogroupe Icterohaemorrhagiae, responsable de la forme la plus sévère et la plus mortelle de la maladie chez l’homme.(1) D’autres études réalisées en France montrent qu’icterohaemorrhagiae est très souvent prépondérant chez le ragondin.(2)

Le saviez-vous ?

Les ragondins et les rats musqués sont classés organismes nuisibles en France, au titre de l’agriculture, selon l’arrêté ministériel du 31 juillet 2000 établissant la liste des organismes nuisibles aux végétaux, produits végétaux et autres objets soumis à des mesures de lutte obligatoire. C’est à ce titre que les piégeurs participent à leur lutte par l’intermédiaire des FDGDON (Fédération Départementale des Groupements de Défense contre les Organismes Nuisibles) et des FREDON (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles), ainsi que par les Associations de piégeurs en France (UNAPAF).

Le saviez-vous ?

Plusieurs centaines de cas de leptospirose humaine sont recensés chaque année. De 2014 à 2016, ce sont environ 600 cas par an de leptospirose humaine qui ont été déclarés en France métropolitaine, soit plus d’un cas par jour(10), contre 385 cas en 2013(11). Ce nombre de cas est probablement sous-estimé : en cause, la difficulté du diagnostic clinique et une déclaration non obligatoire de la maladie dans de nombreux pays dont la France.

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com

L’importance de protéger les piégeurs

La presse rapporte régulièrement des cas graves ou mortels de leptospirose humaine parmi les piégeurs, au contact fréquent de ragondins et de rats musqués. Dans la région de l’Aisne en 2012, la leptospirose a fait deux victimes parmi les piégeurs en peu de temps. L’un d’eux s’est fait mordre par un ragondin qu’il croyait avoir tué. Au moment de l’attraper, l’animal s’est retourné et l’a mordu à la main. Dans les 24 heures qui ont suivies, l’homme est décédé.(7) En 2013, un chasseur de gibier d’eau de Gironde décédait des suites d’une leptospirose : une grippe avait été diagnostiquée au départ.(8) Toujours dans l’Aisne, un garde avait contracté la leptospirose. Le diagnostic réalisé de justesse par son médecin, qui connaissait la maladie, avait permis de gagner du temps précieux. L’homme avait toutefois effectué un long séjour à l’hôpital.(9)

Les piégeurs agissent de manière bénévole, à la fois pour la santé publique et la préservation de l’environnement. Ils assurent de ce fait une mission de service public. Comme le souligne Gérald Guédon, les piégeurs prennent leur rôle au sérieux : « c’est pour le bien de la collectivité que les piégeurs agissent, et aussi pour leur plaisir car ils aiment la nature et se sentent utiles dans cette action. » Au contact étroit de vecteurs de la leptospirose, ils sont ainsi confrontés régulièrement au risque d’être contaminé, bien que d’autres maladies soient également transmises par les rongeurs. La formation des piégeurs aux gestes simples de prévention de la leptospirose paraît indispensable. Un engagement fort et soutenu doit être mené auprès d’eux, pour continuer de manière durable à réguler cette espèce et participer de ce fait à la prévention de la leptospirose.

Parce que la leptospirose n’arrive pas qu’aux autres, les familles des victimes rappellent l’importance d’informer sur la maladie, sur ses conséquences et sur l’ensemble des moyens de prévention disponibles. Chaque piégeur doit être conscient du risque et des moyens dont il dispose pour prévenir la maladie. Car les risques sont multipliés lors du piégeage : une activité pratiquée en eau douce, milieu favorable au développement des bactéries responsables de la leptospirose, et un contact étroit avec les rongeurs, principaux vecteurs de la maladie. Gérald Guédon précise : « nous rappelons systématiquement les risques de la leptospirose au sein des FDGDON des Pays de la Loire lors des réunions locales annuelles de nos piégeurs bénévoles ».

Références bibliographiques

1. Aviat F et al. Leptospira exposure in the human environment in France: A survey in feral rodents and in fresh water, Comp Immunol Microbiol Infect Dis (2008), doi: 10.1016/j.cimid.2008.05.004
2. Croizier Pierre. Rôle des ragondins dans l’épidémiologie des leptospiroses en zone humide : exemple de la Dombes. Lyon, France : Université Claude Bernard Lyon 1 ; 2010.
3. Vein Julie. Étude de la place du Ragondin (Myocastor coypus) dans le cycle épidémiologique de la leptospirose et dans la contamination du milieu aquatique en zones humides à partir de deux populations de l’est de la France. Santé publique et épidémiologie. Lyon, France : Université Claude Bernard Lyon 1 ; 2013
4. Fischer et al. Leptospira Genomospecies and Sequence Type Prevalence in Small Mammal Populations in Germany. Vector-borne and zoonotic diseases. 2018.
5. Zmudzki et al. Seroprevalence of 12 serovars of pathogenic Leptospira in red foxes (Vulpes Vulpes) in Poland. Acta Veterinaria Scandinavica. 2018; 60(34) : 1-9.
6. Estavoyer JM et al. Leptospirose en Franche-Comté: données cliniques, biologiques et thérapeutiques. Médecine et Maladie Infectieuses 43. 2013: 379-385
7. Yves-Marie Lucot. « La maladie du rat a déjà tué », Le Courrier Picard, avril 2012.
8. Florence Moreau. « Il meurt après avoir été contaminé par un rongeur », Sud-Ouest, 4 décembre 2013.
9. « La leptospirose tue encore deux fois », Nos chasses « spécial piégeage », novembre 2012.
10. Rapport annuel d’activité 2017 pour l’année 2016 du Centre National de Référence de la Leptospirose – Inst. Pasteur Paris 11. Rapport annuel d’activité 2014 pour l’année 2013 du Centre National de Référence de la Leptospirose – Inst. Pasteur Paris

Regards sur la Leptospirose n°10

Professeur Bergeret,

Professeur de Médecine et Santé
au Travail à l’Université Claude
Bernard Lyon 1, Coordinateur de
l’enseignement de spécialité pour
la région Auvergne-Rhône-Alpes
et Chef du Service des Maladies
Professionnelles aux Hospices
Civils de Lyon

En France, environ la moitié des cas de leptospirose recensés chez les actifs serait liée à une activité professionnelle

L’actualité rapporte de plus en plus de cas de leptospirose contractée dans un cadre récréatif. Ainsi, en septembre 2016, une base nautique bretonne a été fermée à la suite de sept cas chez des kayakistes locaux 1. Mais il ne faut pas oublier que la leptospirose est également une maladie professionnelle. Selon le Professeur Alain Bergeret, près de la moitié des leptospiroses chez les actifs serait d’origine professionnelle.

“Nous disposons
de deux enquêtes
épidémiologiques sur
la leptospirose”

Professeur Bergeret, avons-nous une bonne visibilité sur le nombre de cas de leptospirose liés à une activité professionnelle ?

Peu de statistiques sont disponibles et nous ne pouvons nous baser sur ces chiffres pour avoir un reflet sincère de la réalité du terrain. En effet, les statistiques que nous avons sont celles des maladies professionnelles reconnues. Ces déclarations sont laissées à l’initiative du salarié et elles ne concernent que le régime général et le régime agricole.

Quelles sont les personnes les plus à risque ?

Ce sont principalement les égoutiers, les personnes chargées du curage des fossés ou des étangs, ou encore les cantonniers. En premier lieu, il s’agit de fonctionnaires territoriaux. Une part importante des personnes particulièrement exposées professionnellement n’entre donc pas dans les statistiques d’assurance des deux régimes ci-dessus. Pour la fonction publique territoriale, la leptospirose est bien un sujet de préoccupation, mais personne ne sait dire combien de cas sont comptabilisés chaque année puisqu’il n’y a pas de recensement systématique centralisé. Une autre catégorie qui est « invisible » dans les chiffres est celle des indépendants. Or, beaucoup de professions jugées à risque peuvent se trouver dans cette catégorie : vétérinaires, dératiseurs, moniteurs de canyoning ou d’autres activités pratiquées en eaux douces… On voit donc que dans bien des situations, même si la leptospirose est d’origine professionnelle, elle n’est pas identifiée comme telle. On ne peut donc pas se fier uniquement à ces statistiques.

enquêtes épidémiologiques liées à la leptospirose. La première, qui sert encore de référence, est pourtant très ancienne. Il s’agit de l’étude faite par le CNRL (Centre National de Référence de la Leptospirose – Institut Pasteur) sur «La leptospirose en France de 2001 à 2003 »2.

La seconde enquête est une « Etude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010-2014 »3 réalisée par l’INVS-Cire Normandie. Beaucoup plus récente, elle montre que 54% des cas étudiés correspondent à des personnes exerçant une profession à risque. Ces chiffres peuvent-ils être extrapolés à la France entière ?

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com
Le risque de contracter la leptospirose au travail est-il important ?

Dans la population générale, le danger est minime car les professions où il existe un risque important de leptospirose sont particulières. Peu de travailleurs sont concernés. En revanche, pour ces personnes-là, il est essentiel de bien suivre les recommandations du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France 4 :

• Mise en oeuvre de mesures collectives de prévention
• Information • Utilisation de mesures individuelles de protection
• Vaccination sur avis du médecin du travail pour les personnes particulièrement exposées

En effet, la leptospirose est une maladie potentiellement létale, dont l’incidence augmente de manière générale puisque le nombre de cas a quasiment doublé depuis 2 ans par rapport aux années précédentes 5,6.

En 2014, plus de 54% des actifs touchés par la leptospirose en Normandie exerçaient une activité à risque. Ces statistiques posent la question de la maîtrise des principes de prévention pour les travailleurs exposés à cette pathologie professionnelle. Une bonne information, les mesures de protection et la vaccination sont préconisés par le Haut Conseil de la Santé Publique. Attention à ne pas négliger ce risque…

Est-il normal que la leptospirose soit davantage associée à des activités de loisirs ?

Les personnes qui pratiquent des activités de loisirs au contact d’eaux qui peuvent être souillées par des animaux porteurs de la maladie ne pensent pas courir un risque. Elles sont donc mal protégées. En même temps, ce type de loisirs est en développement. Aujourd’hui, la population exposée dans le cadre d’activités récréatives est beaucoup plus importante que celle qui est exposée professionnellement. Il serait donc normal que la part des leptospiroses d’origine professionnelle soit inférieure à celle des cas d‘origine récréative. Si la situation était inversée, ce serait un échec pour les acteurs de la prévention en santé au travail.

Leptospirose, Les activités professionnelles à risque 4 :

Lorsqu’il s’agit d’un contact avec l’environnement contaminé :

Activités pratiquées par des égoutiers, des employés de stations d’épuration ou d’entretien de canaux, berges, étangs, fossés, voies navigables, des employés de voirie, des pisciculteurs, des gardes-pêche, des pêcheurs professionnels en eaux douces, et par toute personne amenée dans son travail à manipuler de l’eau douce ne provenant pas de circuits d’adduction, comme les sapeurs-pompiers, les plongeurs, certains postes exposés dans le bâtiment et les travaux publics.

Lorsqu’il s’agit de contacts avec les animaux :

Activités pratiquées par des vétérinaires, piégeurs, gardes-chasse, employés des animaleries et des jardineries, employés des abattoirs, éleveurs.

De plus, une profession habituellement non exposée peut le devenir occasionnellement. C’est le cas, par exemple, d’un jardinier qui peut être amené à curer un bassin ou un canal d’irrigation.

Références bibliographiques

1. Ouest France, 16 septembre 2016 : http://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes- 35000/pres-de-rennes-une-base-nautique-fermeecause- dune-maladie-grave-4495813
2. La leptospirose en France de 2001 à 2003, Synthèse réalisée par le CNR des leptospires, Institut Pasteur, Paris (G.Baranton et D.Postic) : http://www.invs.sante.fr/publications/2005/snmi/pdf /leptospirose.pdf
3. Watrin M. Etude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010- 2014. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016. 28p : http://www.invs.sante.fr/Publications-etoutils/ Rapports-et-syntheses/Maladies-infectieuses/ 2016/Etude-descriptive-des-cas-de-leptosp irose-diagnostiques-en-Normandie-sur-la-periode- 2010-2014
4. Rapport du groupe de travail du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF) : nouvelles recommandations relatives à la prévention du risque chez les personnes exposées à la leptospirose, séance du 18 mars 2005
5. Rapport d’activité 2014 du Centre National de Référence de la Leptospirose – Inst. Pasteur Paris : https://www.pasteur.fr/sites/www.pasteur.fr/files/cnr _lepto_2014_mpshort.pdf
6. http://invs.santepubliquefrance.fr/Dossiers-thematiques/ Maladies-infectieuses/Zoonoses/Leptospirose/ Contextes-epidemiologiques.