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La Leptospirose

Une maladie infectieuse sous estimée et potentiellement grave

Étiquette : sports de nature

Regards sur la Leptospirose n°18

La leptospirose : risque d’exposition croissant dans le cadre des loisirs

En France, le nombre de cas de leptospirose a augmenté depuis 2014 pour passer à plus d’1 cas par jour1 ! Cette maladie, principalement associée aux risques professionnels dans certaines branches, telles que l’assainissement, les travaux publics ou encore la pisciculture et l’entretien des espaces naturels, est de plus en plus souvent contractée à l’occasion de la pratique d’activités de loisirs exposant à l’eau douce et à l’environnement souillés par l’urine des rongeurs. Quels sont les activités récréatives concernées ? Quels sont les facteurs de risque et quelles sont les précautions à prendre pour prévenir cette maladie potentiellement mortelle dans le cadre des loisirs ?

Pour plus d’information :

 

www.leptospirose-prevention.fr

 

ou leptospirose@imaxio.com

Avec l’augmentation de l’incidence ces dernières années en France comme au niveau mondial2,3, la leptospirose continue à préoccuper les autorités sanitaires. Dans les régions tropicales, les leptospires étant très présents dans le milieu naturel, cette maladie apparaît comme un réel problème de santé publique (ex : Antilles, Ile de la Réunion, Océanie…). Des cas survenant au cours d’événements sportifs, ou de catastrophes naturelles principalement inondations et cyclones sont décrites partout dans le monde y compris dans les pays tempérés (ex : en France métropolitaine, 43 cas signalés l’été de la canicule 20034, 14 cas groupés chez les kayakistes en 20165, 5 cas groupés en automne 20176ou encore la mort d’un triathlète en été 20187). Le réchauffement climatique pouvant être à l’origine de la multiplication des évènements climatiques extrêmes et des précipitations élevées favoriserait la diffusion de cette maladie.

Les activités et sports de nature

Avec le développement de l’urbanisation, les activités de loisir sont davantage orientées vers les activités en plein air qui peuvent exposer à des risques de leptospirose en facilitant le rapprochement entre l’homme et les animaux ou les environnements infectés. La leptospirose étant transmise par l’urine des animaux principalement les rongeurs (rats, ragondins…), l’infection de l’homme, la plupart du temps, n’est qu’accidentelle. Elle repose principalement sur un contact indirect avec l’urine de ces animaux, dans un environnement contaminé. Les leptospires peuvent survivre dans le milieu extérieur humide et en particulier dans l’eau douce et dans la boue pendant plusieurs mois, même à des températures aussi basses que 4°C8 et pénètrent dans l’organisme à travers les plaies, les muqueuses (nez, bouche, yeux) et même la peau saine macérée.

Des activités qui se déroulent sur l’eau ou dans l’eau douce : la baignade, le triathlon, la plongée, le canoë-kayak, le rafting ou encore la planche à voile sont aujourd’hui de plus en plus populaires et se retrouvent parmi les causes principales de contamination dans le cadre des loisirs. En septembre 2016, 14 cas groupés de leptospirose ont été décelés chez les kayakistes ayant été au contact avec les eaux de la Vilaine dans le département d’Ille-et-Vilaine5. Et en 2018, un triathlète de 44 ans est décédé dans la région de Libourne, en Gironde, après avoir contracté la leptospirose7.

D’autre activités et sports de nature pratiqués dans un environnement humide ou dans la boue représentent également un facteur de risque : la spéléologie, le canyoning, les parcours en pleine nature (raids) ou dans la boue (Mud Day), mais aussi le jardinage9. Ainsi, en 2017, 5 cas avérés de leptospirose ont été diagnostiqués chez des personnes faisant partie d’un même groupe qui a pratiqué le canyoning en septembre 2017 en Savoie6. Et dans les départements d’Outre-Mer, le jardinage est une des activités principales à risque.

Enfin les activités exposants au contact direct avec les animaux ou un environnement infectés telles que la chasse, le piégeage ou encore la pêche présentent également le risque d’attraper cette maladie. La presse rapporte régulièrement des cas graves ou mortels de leptospirose humaine parmi les piégeurs, au contact fréquent de ragondins et de rats musqués, porteurs de cette maladie.

Comment se protéger de la leptospirose ?

  • Lutter contre la prolifération des rongeurs
  • Assurer une bonne gestion des déchets
  • Eviter les baignades en eaux mal connues et surtout après de fortes pluies
  • Porter des équipements de protection (bottes, combinaison, lunettes de protection…)
  • Eviter tout contact des mains souillées avec ses yeux, son nez et sa bouche
  • Désinfecter et protéger ses plaies cutanées avec un pansement imperméable
  • Se laver les mains à l’eau potable et au savon
  • Consulter son médecin traitant en cas de syndrome grippal
  • La vaccination est recommandée sur avis du médecin, associée aux autres moyens de protection pour des sujets particulièrement exposés

Les voyages internationaux : un facteur de risque

A l’échelon mondial, on dénombre chaque année un million de cas sévères de leptospirose qui seraient à l’origine de 60 000 décès3, mais ces chiffres sont probablement sous-estimés du fait de l’absence de spécificité des symptômes, et aussi de techniques diagnostiques difficiles à mettre en oeuvre ou à exploiter.

De nos jours, les voyages internationaux ont pris une importance sans précèdent et pour les personnes qui se rendent dans un pays tropical ou subtropical, le risque de contracter une leptospirose est encore plus élevé. En effet, la chaleur et l’humidité dans les tropiques sont favorables à la survie des leptospires dans ces milieux naturels. On retrouve le caractère saisonnier de la leptospirose sur ces territoires avec une augmentation du nombre de cas lors de la saison des pluies ou après des phénomènes climatiques inhabituels (ouragans, inondations). Parmi ces pays nous retrouvons l’Inde, le Sri Lanka, la Thaïlande, le Vietnam, la Malaisie, la Chine, les Seychelles, les Caraïbes, le Brésil et les îles pacifiques10 mais également les régions françaises d’Outre-Mer, où l’incidence en 2017 est 7 à 80 fois plus élevée qu’en France métropolitaine.1

L’engouement grandissant pour les loisirs aquatiques et les compétitions sportives en milieu tropical, qui s’accompagnent de rassemblement important de participants, créent des conditions propices à la contamination par les leptospires. Des cas groupés ont été rapportés après la pratique de loisirs aquatiques comme la natation, le rafting ou encore après les compétitions de course d’endurance en plein air ( trail), à l’exemple du Trail Tchimbé Raid 2009 en Martinique11 ou de l’Eco Challenge Sabah 2000 en Malaisie12. Ainsi au Pays- Bas, entre 2009 et 2016, 224 cas de leptospirose reportés étaient en rapport avec un voyage à l’étranger, parmi lesquels 53,7% de cas graves qui ont été hospitalisés.13

Malgré la fréquence élevée de cas de leptospirose rapportés au retour de voyages, il est probable que dans ce contexte particulier la maladie reste encore sous diagnostiquée. La sensibilisation des voyageurs aux moyens de prévention contre la leptospirose est donc primordiale pour leur permettre d’identifier les activités à risque et prendre les mesures préventives adéquates.

Références bibliographiques

1. Centre national de référence de la leptospirose. Rapport annuel d’activité 2018 pour l’année 2017.
2. Costa F, Hagan JE, Calcagno J, Kane M, Torgerson P, Martinez-Silveira MS, et al.Global morbidity and mortality of leptospirosis: a systematic review. PLoS NeglTrop Dis 2015;9:e0003898.
3. L. Filleul et al. ; Santé Publique France – La leptospirose dans les régions et départements français d’outre-mer; Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire ; 4 avril 2017 ; numéro 8-9.
4. Capek I et Vaillant V. Leptospirose en France métropolitaine. Été 2003.
5. Y. Guillois, P. Bourhy, F. Ayral, M. Pivette, A. Decors, H. Aranda Grau, C. Malhere, B. Combes, M. Le Guyader, A. Septfons. An outbreak of leptospirosis among kayakers in Brittany, North-West France, 2016. Euro Surveill. 2018;23(48):pii=1700848.
6. G. Terpant, A. Septfons, P. Bourhy, N. Grangeret, J. Neasta ou J.-F. Franconie. Outbreak of leptospirosis during a canyoning weekend, France, 2017.
7. www.ladepeche.fr – Gironde un triathlète décède d’une leptospirose – 2018-05-31
8. G. André-Fontaine, «Waterborne Leptospirosis: Survival and Preservation of the Virulence of Pathogenic Leptospira spp. in Fresh Water. »Curr Microbiol. 2015 Jul;71(1):136-42.
9. Watrin M. Étude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010-2014. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016: 1-28.
10. Van de Werve, C. (2010-2011). Leptospirose et voyages. Bordeaux: Université Victor Segalen.
11. Patrick Hochedez, Jacques Rosine, Rafaelle Théodose, Sylvie Abel, Pascale Bourhy, Mathieu Picardeau, Philippe Quénel, and André Cabié. Outbreak of Leptospirosis after a Race in the Tropical Forest of Martinique. Am. J. Trop. Med. Hyg., 84(4), 2011, pp. 621–626.
12. Sejvar, J., E. Bancroft, et al. (2003). “Leptospirosis in “Eco- Challenge” athletes, Malaysian Borneo, 2000.” Emerg Infect Dis 9(6): 702-7.
13. De Vries SG et coll. : Travel-related leptospirosis in the Netherlands 2009-2016: An epidemiological report and case series. Travel Med Infect Dis., 2018; 24: 44-50.
14. Avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, relatif aux Recommandations pour la prévention de la leptospirose en population générale, séance du 30 septembre 2005