Informez vos proches,
PARTAGER C’EST PROTÉGER !

La Leptospirose

Une maladie infectieuse sous estimée et potentiellement grave

Regards sur la Leptospirose n°6

La France voit le nombre de cas de leptospirose doubler en 2 ans !

Dans son rapport d’activité annuel, qui vient d’être publié(1), le Centre National de Référence de la Leptospirose (CNRL) indique qu’il a recensé 628 cas de cette maladie en France métropolitaine en 2014. Avec une incidence de 0,98 cas pour 100 000 habitants, la plus forte depuis 80 ans, 2014 est une année record. Pour rappel, le nombre de cas enregistrés en 2013 était de 385, avec une incidence qui était déjà la plus forte depuis la deuxième guerre mondiale, et tournait en moyenne autour de 300 les années précédentes.

Une maladie mortelle, difficile à diagnostiquer
* Plus d’1 million de cas sévères chaque année dans le monde, associant insu‰sance rénale aigüe, atteinte neurologique et hémorragies.
* 5 à 20 % de mortalité. * De nombreuses formes cliniques, non spécifiques.
* La France est le pays industrialisé qui a le taux d’endémie le plus élevé. Source : CNRL

Parmi les cas comptabilisés en 2014, plus de 75% sont des hommes et l’âge moyen est de 45 ans. 94% des cas documentés n’ont pas effectué de voyage dans une zone endémique (Asie du Sud-Est, Océan Indien, Antilles) le mois précédant l’apparition des symptômes. C’est donc bien sur le territoire métropolitain que la maladie a été contractée.

Les régions les plus touchées sont la Basse-Normandie, avec une incidence qui atteint 2,57 cas pour 100 000 habitants, la Corse et la Franche-Comté. L’incidence est également supérieure à la moyenne nationale dans les régions Champagne- Ardenne, Centre, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Bretagne et Aquitaine.

Le nombre de cas est plus important en août et en septembre, ce qui confirme le caractère saisonnier de la maladie, mais des cas ont été enregistrés toute l’année.

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com

Comment expliquer une telle recrudescence ?

L’année 2014 a vu un changement significatif de la Nomenclature des Actes de Biologie Médicale pour le diagnostic de la leptospirose(2). Depuis le 4 septembre 2014, la PCR* et l’ELISA IgM** sont remboursés par l’assurance maladie, alors que le MAT*** ne l’est plus. En conséquence, l’ELISA IgM** est maintenant largement utilisé à la place du MAT***.

La mise en oeuvre de ces nouvelles méthodes pourrait avoir un impact sur le nombre de cas diagnostiqués. Toutefois, les analyses menées par le CNRL suggèrent que l’influence du changement de la nomenclature sur la recrudescence du nombre de cas de leptospirose en France est mineure. En août 2014, alors que ce changement n’était pas encore effectif, le nombre de cas était déjà deux fois supérieur à celui d’août 2013(1). De plus, on retrouve une augmentation du nombre de cas dans d’autres pays européens.

Le CNRL estime que ce phénomène pourrait être dû au réchauffement climatique et à l’augmentation des comportements à risques liés à la pratique des sports aquatiques(3).

L’impact du réchauffement climatique

L’impact du réchauffement climatique est l’une des priorités du Conseil exécutif de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui a approuvé en 2015 un nouveau plan de travail sur le changement climatique et la santé. L’OMS estime en eet que ses eets risquent dans l’ensemble d’être très largement négatifs. Elle souligne en particulier que les conditions météorologiques influent fortement sur les maladies à transmission hydrique(4).

Un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), paru en 2005(5), classe la leptospirose parmi les affections humaines susceptibles d’être impactées par le changement climatique en France métropolitaine. Quel peut être le lien entre le réchauffement des températures et l’augmentation du nombre de cas ? La transmission de la maladie peut s’effectuer soit par contact direct avec les urines des animaux réservoirs (principalement les rongeurs), soit par les eaux douces souillées par ces urines. A une température supérieure à 4°C, l’eau douce permet une survie prolongée des leptospires. Selon l’Afssa, l’impact du changement climatique se manifeste donc à plusieurs niveaux :

• La disparition de périodes de gel entraîne une augmentation des populations de rongeurs.
• Les modifications des températures et des précipitations provoquent des déplacements des rongeurs et favorisent la survie des bactéries et leur diffusion par les eaux.
• La sécheresse dans certaines zones conduit à la concentration des espèces de mammifères autour des points d’eau, où en même temps les conditions de survie des leptospires sont améliorées, ce qui peut favoriser la contamination des cheptels.

Ainsi, « le risque d’évolution de la leptospirose en fonction du réchauffement climatique peut être qualifié de modéré à élevé »(5). Un pronostic que la forte hausse du nombre de cas en 2014 semble confirmer…

*PCR, polymerase chain reaction / **ELISA IgM, enzyme-linked immunosorbent assay Immunoglobulin M / *** MAT, microscopic agglutination test

 

Références bibliographiques

1. Rapport d’activité 2014, Centre National de Référence de la Leptospirose, Institut Pasteur.
2. Journal Officiel du 14 août 2014.
3. Pour plus d’informations sur la leptospirose liée aux activités de loisirs, voir Regards sur la Leptospirose # 5, Juillet 2015 (disponible sur www.imaxio.com / rubrique News).
4. www.who.int
5. Rapport sur l’évaluation du risque d’apparition et de développement de maladies animales compte tenu d’un éventuel réchau ement climatique, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa), 2005.