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La Leptospirose

Une maladie infectieuse sous estimée et potentiellement grave

Étiquette : rapport CNRL

Regards sur la Leptospirose n°15

Dr Pascale BOURHY,

Directrice Adjointe du Centre National
de Référence de la Leptospirose à
l’Institut Pasteur

Incidence de la leptospirose en France : une recrudescence qui s’installe

Alors que le nombre de cas de leptospirose avait doublé en 2014 et 2015 par rapport aux années précédentes, les derniers chiffres publiés par le Centre National de Référence de la Leptospirose (CNRL) pour 20161 confirment la recrudescence de la maladie, avec 600 cas en moyenne par an sur les 3 dernières années en France métropolitaine. Si l’incidence liée à des activités de loisirs en milieu aquatique augmente, la leptospirose reste une maladie professionnelle qui touche différents métiers. Quel est l’état des lieux en Métropole et en Outre-Mer ?

“L’augmentation du nombre de cas de leptospirose sur notre territoire s’installe de manière durable depuis 2014.”

Elle pourrait être due au réchauffement climatique, à la hausse des comportements à risques liée à l’engouement pour les sports aquatiques ainsi qu’à la meilleure performance des kits de diagnostic. En tout cas, selon le Dr Pascale Bourhy Responsable Adjointe du Centre National de Référence de la Leptospirose, une chose est sûre : l’augmentation du nombre de cas de leptospirose sur notre territoire s’installe de manière durable depuis 2014.

En Métropole, pour la troisième année consécutive, près de 600 cas ont été comptabilisés en 2016, avec une incidence supérieure à 0,9 cas pour 100 000 habitants. Comme les années précédentes, le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est le principal sérogroupe retrouvé chez les cas diagnostiqués (39% des cas en 2016 ; 28-37% des cas sur la période 2011-2015).

Les régions Nouvelle Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Corse, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur sont les plus touchées, avec une incidence supérieure à 1 cas pour 100 000 habitants. Les moins touchées sont les Hautes-de-France et l’Ile-de-France.

Le nombre de cas est plus élevé entre juillet et septembre, période où les activités de loisirs en extérieur ainsi que les activités agricoles sont plus nombreuses(2).

2013 2014 2015 2016 2016
Nombre de cas Nombre de cas Nombre de cas Nombre de cas Incidence / 100 000 hab.
Auvergne-Rhône-Alpes 99 58 93 85 1,08
Bourgogne-Franche-Comté 47 33 47 37 1,31
Bretagne 22 46 34 41 1,24
Centre-Val de Loire 9 39 23 20 0,77
Corse 6 6 5 4 1,22
Grand Est 16 48 48 46 0,82
Hauts-de-France 16 52 44 33 0,55
Ile-de-France 37 93 72 76 0,63
Normandie 14 54 31 31 0,93
Nouvelle-Aquitaine 45 78 83 83 1,41
Occitanie 28 37 50 47 0,81
Pays de la Loire 34 53 35 37 1,00
Provence-Alpes-Côte d’Azur 12 30 66 52 1,04
total Métropole 385 627 631 592 0,93

Incidence de la leptospirose par région en Métropole(1)

Le saviez-vous ?

Historiquement, la leptospirose est associée à un risque professionnel. Parmi les différents noms qui lui ont été donnés depuis sa première description à la fin du XIXe siècle, nombreux sont ceux qui évoquent des métiers concernés par la maladie : maladie des égoutiers, fièvre des coupeurs de joncs, fièvre des champs, fièvre des marais, maladie des porchers, fièvre de la canne à sucre, fièvre des rizières, fièvre des ramasseurs de pois…  Ils en montrent bien la diversité(4,8).

Dans les régions d’Outre-Mer, 660 cas ont été recensés en 2016. Ces régions, qui sont soumises à une saison des pluies et à des phénomènes climatiques extrêmes, sont particulièrement touchées parla leptospirose. L’incidence est 5 fois plus élevée à La Réunion qu’en Métropole, et 70 fois plus à Mayotte. Le CNRL précise que le nombre de cas est sous-estimé du fait des faiblesses des  systèmes de surveillance mis en place et du manque de sensibilisation des médecins locaux. A noter que Mayotte est le seul de ces territoires où le sérogroupe Icterohaemorrhagiae n’est pas présent.

2016 2016
Nombre de cas Incidence / 100 000 hab.
Guadeloupe 116 29
Martinique 117 29
Guyane 46 19
Ile de la Réunion 45 5
Mayotte 155 71
Polynésie française 111 40
Nouvelle-Calédonie 70 24
Total Outre-Mer 660

Incidence de la leptospirose dans les régions d’Outre-Mer(1)

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.com
ou leptospirose@imaxio.com

Une origine professionnelle dans 1/3 des cas…

Professions à risque 2001 – 2003 CNRL national 2010 – 2014 ARS Normandie
Agriculture ou élevage 42% 46%
Pisciculteurs 4% 15%
Eboueurs 8%
Stations épuration-déchets 2% 8%
BTP et travaux publics 23% 8%
Jardiniers, paysagistes 9% 8%
Sapeurs-pompiers plongeurs 8%
Eaux et Forets 4%
Filière alimentaire 4%
Militaires 3%
Égouts-voiries 2%
Autres 6%

Répartition des expositions professionnelles à risque parmi les cas recensés par le CNRL en 2001-2003 et l’ARS Normandie en 2010-2014(3,5)

Selon les données épidémiologiques disponibles pour la France métropolitaine, environ un tiers des cas de leptospirose sont associés à une exposition professionnelle. Ainsi, l’étude faite par le CNRL sur la période 2001 à 20033 montre que 37% des cas recensés et documentés sur cette période concernent des patients exerçant une activité professionnelle à risque.
A une échelle plus réduite, une étude des leptospiroses diagnostiquées au CHU de Rouen entre 1995 et 2012 montre une contamination professionnelle dans 24% des cas, soit 10 sur 414. Trois de ces patients étaient agriculteurs, trois étaient ouvriers des espaces verts. Les autres n’exerçaient pas une activité professionnelle initialement jugée à risque. Toutefois, il y avait parmi eux un chauffeur poids lourd qui avait été en contact avec des animaux pouvant être contaminés lors d’un transport de bétail, ainsi qu’un chef d’atelier qui avait manipulé sur son lieu de travail des cartons détrempés par l’eau, à proximité d’une entreprise récemment dératisée.
Toujours en Normandie, une étude menée par l’Institut de Veille Sanitaire a permis de caractériser la population touchée par la leptospirose sur la période 2010-20145. Elle montrait également qu’un tiers des cas de leptospirose avait une exposition professionnelle, mais surtout que 54% des patients de Normandie qui étaient en activité au moment de la survenue de la maladie exerçaient une profession à risque. Même si l’origine de la contamination n’a pas pu être confirmée, la leptospirose dans cette région particulièrement touchée est bien plus fréquemment associée à une exposition professionnelle qu’à une activité récréative.
Déjà importante en Métropole, la proportion des cas associés à une exposition professionnelle augmente de manière significative dans les régions d’Outre-Mer. En Guyane, une étude menée sur la période 2007-2014 dans les hôpitaux de Cayenne et de Saint-Laurent du Maroni a révélé une activité professionnelle à risque dans 64% des cas (31/48)6,7.

Selon les données épidémiologiques disponibles pour la France métropolitaine, environ un tiers des cas de leptospirose sont associés à une exposition professionnelle. Ainsi, l’étude faite par le CNRL sur la période 2001 à 20033 montre que 37% des cas recensés et documentés sur cette période concernent des patients exerçant une activité professionnelle à risque.
A une échelle plus réduite, une étude des leptospiroses diagnostiquées au CHU de Rouen entre 1995 et 2012 montre une contamination professionnelle dans 24% des cas, soit 10 sur 414. Trois de ces patients étaient agriculteurs, trois étaient ouvriers des espaces verts. Les autres n’exerçaient pas une activité professionnelle initialement jugée à risque. Toutefois, il y avait parmi eux un chauffeur poids lourd qui avait été en contact avec des animaux pouvant être contaminés lors d’un transport de bétail, ainsi qu’un chef d’atelier qui avait manipulé sur son lieu de travail des cartons détrempés par l’eau, à proximité d’une entreprise récemment dératisée.
Toujours en Normandie, une étude menée par l’Institut de Veille Sanitaire a permis de caractériser la population touchée par la leptospirose sur la période 2010-20145. Elle montrait également qu’un tiers des cas de leptospirose avait une exposition professionnelle, mais surtout que 54% des patients de Normandie qui étaient en activité au moment de la survenue de la maladie exerçaient une profession à risque. Même si l’origine de la contamination n’a pas pu être confirmée, la leptospirose dans cette région particulièrement touchée est bien plus fréquemment associée à une exposition professionnelle qu’à une activité récréative.
Déjà importante en Métropole, la proportion des cas associés à une exposition professionnelle augmente de manière significative dans les régions d’Outre-Mer. En Guyane, une étude menée sur la période 2007-2014 dans les hôpitaux de Cayenne et de Saint-Laurent du Maroni a révélé une activité professionnelle à risque dans 64% des cas (31/48)6,7.

Références bibliographiques

1. Rapport d’activité 2016, Centre National de Référence de la Leptospirose, Institut Pasteur.
2. Bourhy P, Septfons A, Picardeau M. Diagnostic, surveillance et épidémiologie de la leptospirose en France. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):131-7.
3. BarantonGet Postic D. La leptospirose en France de 2001 à 2003, Synthèse réalisée parle CNRdes leptospires, Institut Pasteur, Paris.
4. Fasquel J. Etude rétrospective des leptospiroses diagnostiquées au CHU de Rouen entre 1995 et 2012. Th. D. Pharm., Rouen, 2014, 130 p.
5. Watrin M. Etude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010-2014. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016. 28 p.
6. Le Turnier P, et al. 0368. Human leptospirosis in French Guiana: first multicentric transversal study (2007-2014). 26th European Congress of Clinical Microbiology and Infectious Diseases (ECCMID); 9-12 April 2016, Amsterdam, Netherlands.
7. Epelboin L, et al. La leptospirose humaine en Guyane : état des connaissances et perspectives. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):168-75.
8. Peyrethon C. “Leptospirose―Quels Moyens De Prévention En Milieu Professionnel ?” Archive Des Maladies Professionnelles Et De L’environnement 73, no. 1 (2012) : 37–47.

Regards sur la Leptospirose n°12

Mathieu Picardeau

Responsable du Centre National de
Référence de la Leptospirose (CNRL)
et Centre Collaborateur de
l’Organistion Mondiale de la Santé
(OMS) pour la leptospirose à l’Institut
Pasteur de Paris.

Nouvelle année record en France pour le nombre de cas de leptospirose

Selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France dans un numéro spécial du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH)1, la leptospirose a atteint pour la deuxième année consécutive en 2015 une incidence record sur le sol métropolitain, avec 1 cas pour 100 000 habitants. Dans les Départements et Collectivités d’Outre-Mer, elle constitue un problème de santé publique significatif, avec des cas qui peuvent être particulièrement sévères.

Selon Mathieu Picardeau, responsable du Centre National de Référence de la Leptospirose (CNRL), la France métropolitaine est l’un des pays industrialisés les plus touchés par cette maladie2. Avec 631 cas enregistrés en 2015, la forte recrudescence déjà notée en 2014 est confirmée, l’incidence étant deux fois plus élevée qu’en 2011. Dans les Départements et Collectivités d’Outre-Mer (DOM-COM), l’incidence est de 5 à 50 fois plus élevée qu’en métropole. En métropole, ce sont les régions Champagne-Ardenne et Franche- Comté qui ont été les plus touchées en 2015, avec une incidence supérieure à 2 cas pour 100 000 habitants. Depuis 2011, la Franche-Comté a d’ailleurs systématiquement présenté une incidence supérieure à la moyenne nationale, les autres régions les plus touchées étant la Basse-Normandie et l’Aquitaine. A l’inverse, l’Alsace, le Languedoc-Roussillon, la Picardie et la Lorraine sont plus épargnées. Plus de 75% des cas sont des hommes, avec un âge moyen de 45 ans, et un plus grand nombre de cas a été recensé sur chacun des mois d’août à octobre.


Incidence de la leptospirose par région
Source : CNRL

“Rappel :

Dans ses formes les plus sévères,  la leptospirose peut entraîner une insuffisance rénale aiguë, des atteintes neurologiques, des troubles hémorragiques majeurs, une insuffisance respiratoire, et dans certains cas le décès du patient.”

Les DOM-COM : une zone endémique

Si la leptospirose est une zoonose cosmopolite, elle est plus particulièrement favorisée par un climat chaud et humide, en particulier celui des Départements et Collectivités d’Outre-Mer, où la population est plus largement exposée. Dans ces régions, où l’endémicité est soutenue, les épisodes pluvieux intenses et événements climatiques extrêmes entraînent régulièrement des épidémies. A cela s’ajoute une urbanisation mal contrôlée, avec des zones insalubres propices à la propagation des rongeurs. La leptospirose est donc considérée comme un problème de santé publique majeur sur ces territoires. Une étude menée à La Réunion montre que, contrairement à ce qui se passe en métropole, les contaminations liées aux activités agricoles ou professionnelles restent largement prépondérantes par rapport à celles qui sont liées aux loisirs 3. Même constat en Guyane, où une activité professionnelle à risque a été retrouvée dans 64% des cas analysés entre 2007 et 2014, notamment l’orpaillage 4.

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com

Le sérogroupe Icterohaemorrhagiae associé aux cas les plus sévères

Le BEH nous rappelle que la leptospirose est une des zoonoses les plus répandues dans le monde, et qu’elle pourrait être responsable de quatre fois plus de décès que la dengue 5. Le sérogroupe Icterohaemorrhagiae, responsable d’environ 1/3 des cas recensés par le CNRL chaque année, est le plus présent sur nos territoires. Il est aussi associé aux formes les plus graves. Ainsi, une étude menée en Franche-Comté montre que ce sérogroupe est responsable de 67% des cas graves à l’hôpital 6. De plus, Taylor, dans sa revue de la littérature mondiale publiée en 2015, soulignait qu’il était lié à une mortalité bien supérieure à celle des autres sérogroupes pour les cas non traités de leptospirose, avec un taux de 13,6% 7.

A la Réunion, en particulier, la leptospirose revêt des formes particulièrement graves. Le sérogroupe Icterohaemorrhagiae, largement majoritaire, y est responsable de nombreux cas sévères, souvent avec atteinte pulmonaire 3,8. Entre 2004 et 2015, 93% des malades identifiés ont été hospitalisés et 33% ont été admis en service de réanimation au cours de leur hospitalisation. La létalité moyenne sur la période est de 5%, malgré la densité et la qualité du système de soins. Il est intéressant de noter que les rats ne sont pas les seuls responsables des contaminations humaines sur l’île et que les nombreux chiens errants, infectés par les génotypes de L. interrogans retrouvés dans la totalité des cas humains graves, pourraient être à l’origine d’un nombre important de ces cas 8.

Une étude récente menée en Martinique montre également que le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est à l’origine de 91% des cas sévères entre 2010 et 2013 et qu’il est clairement associé au degré de gravité de la maladie 9. Même conclusion en Guadeloupe, où il a été associé à 75% des cas sévères analysés en 2003/2004 10, et en Nouvelle-Calédonie où il a été associé à 77% des cas mortels entre 2008 et 2011 11.

Dans ces régions, le renforcement des mesures de prévention et la vaccination contre la leptospirose à Icterohaemorrhagiae pour les professions à haut risque représentent des enjeux importants pour diminuer l’incidence et la létalité de la leptospirose 3.

Références bibliographiques

1. La leptospirose dans les régions et départements français d’outre-mer. BEH 8-9. 4 avril 2017. Disponible sur http://invs.santepubliquefrance.fr
2. Bourhy P, Septfons A, Picardeau M. Diagnostic, surveillance et épidémiologie de la leptospirose en France. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):131-7.
3. Pagès F, Kurtkowiak B, Jaffar-Bandjee MC, Jaubert J, Domonte F, Traversier N, et al. Épidémiologie de la leptospirose à La Réunion, 2004-2015. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):137-46.
4. Epelboin L, Le Turnier P, Picardeau M, Schaub R, Petit-Sinturel M, Villemant N, et al. La leptospirose humaine en Guyane : état des connaissances et perspectives. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):168-75.
5. Bertherat E. Éditorial. La leptospirose: une maladie émergente ou un problème émergent ? Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):130.
6. Estavoyer JM et al. Leptospirosis in Franche-Comté (FRANCE): Clinical, biological, and therapeutic data. Med Mal Infect. 2013 Sep;43(9):379-85.
7. Taylor AJ, et al. (2015). A Systematic Review of the Mortality from Untreated Leptospirosis. PLoS Negl Trop Dis 9(6): e0003866.
8. Tortosa P, Dellagi K, Mavingui P. Les leptospiroses dans les îles françaises de l’Océan Indien. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):157-61.
9. Hochedez P, et al. Factors Associated with Severe Leptospirosis, Martinique, 2010-2013. Emerg Infect Dis. 2015 Dec.
10. Herrmann-Storck C et al. Severe Leptospirosis in Hospitalized Patients, Guadeloupe. Emerg Infect Dis. 2010 Feb; 16(2): 331–334.
11. Tubiana S et al. Risk Factors and Predictors of Severe Leptospirosis in New Caledonia. PLoS Negl Trop Dis. 2013 Jan; 7(1): e1991.

Regards sur la Leptospirose n°6

La France voit le nombre de cas de leptospirose doubler en 2 ans !

Dans son rapport d’activité annuel, qui vient d’être publié(1), le Centre National de Référence de la Leptospirose (CNRL) indique qu’il a recensé 628 cas de cette maladie en France métropolitaine en 2014. Avec une incidence de 0,98 cas pour 100 000 habitants, la plus forte depuis 80 ans, 2014 est une année record. Pour rappel, le nombre de cas enregistrés en 2013 était de 385, avec une incidence qui était déjà la plus forte depuis la deuxième guerre mondiale, et tournait en moyenne autour de 300 les années précédentes.

Une maladie mortelle, difficile à diagnostiquer
* Plus d’1 million de cas sévères chaque année dans le monde, associant insu‰sance rénale aigüe, atteinte neurologique et hémorragies.
* 5 à 20 % de mortalité. * De nombreuses formes cliniques, non spécifiques.
* La France est le pays industrialisé qui a le taux d’endémie le plus élevé. Source : CNRL

Parmi les cas comptabilisés en 2014, plus de 75% sont des hommes et l’âge moyen est de 45 ans. 94% des cas documentés n’ont pas effectué de voyage dans une zone endémique (Asie du Sud-Est, Océan Indien, Antilles) le mois précédant l’apparition des symptômes. C’est donc bien sur le territoire métropolitain que la maladie a été contractée.

Les régions les plus touchées sont la Basse-Normandie, avec une incidence qui atteint 2,57 cas pour 100 000 habitants, la Corse et la Franche-Comté. L’incidence est également supérieure à la moyenne nationale dans les régions Champagne- Ardenne, Centre, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Bretagne et Aquitaine.

Le nombre de cas est plus important en août et en septembre, ce qui confirme le caractère saisonnier de la maladie, mais des cas ont été enregistrés toute l’année.

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com

Comment expliquer une telle recrudescence ?

L’année 2014 a vu un changement significatif de la Nomenclature des Actes de Biologie Médicale pour le diagnostic de la leptospirose(2). Depuis le 4 septembre 2014, la PCR* et l’ELISA IgM** sont remboursés par l’assurance maladie, alors que le MAT*** ne l’est plus. En conséquence, l’ELISA IgM** est maintenant largement utilisé à la place du MAT***.

La mise en oeuvre de ces nouvelles méthodes pourrait avoir un impact sur le nombre de cas diagnostiqués. Toutefois, les analyses menées par le CNRL suggèrent que l’influence du changement de la nomenclature sur la recrudescence du nombre de cas de leptospirose en France est mineure. En août 2014, alors que ce changement n’était pas encore effectif, le nombre de cas était déjà deux fois supérieur à celui d’août 2013(1). De plus, on retrouve une augmentation du nombre de cas dans d’autres pays européens.

Le CNRL estime que ce phénomène pourrait être dû au réchauffement climatique et à l’augmentation des comportements à risques liés à la pratique des sports aquatiques(3).

L’impact du réchauffement climatique

L’impact du réchauffement climatique est l’une des priorités du Conseil exécutif de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui a approuvé en 2015 un nouveau plan de travail sur le changement climatique et la santé. L’OMS estime en eet que ses eets risquent dans l’ensemble d’être très largement négatifs. Elle souligne en particulier que les conditions météorologiques influent fortement sur les maladies à transmission hydrique(4).

Un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), paru en 2005(5), classe la leptospirose parmi les affections humaines susceptibles d’être impactées par le changement climatique en France métropolitaine. Quel peut être le lien entre le réchauffement des températures et l’augmentation du nombre de cas ? La transmission de la maladie peut s’effectuer soit par contact direct avec les urines des animaux réservoirs (principalement les rongeurs), soit par les eaux douces souillées par ces urines. A une température supérieure à 4°C, l’eau douce permet une survie prolongée des leptospires. Selon l’Afssa, l’impact du changement climatique se manifeste donc à plusieurs niveaux :

• La disparition de périodes de gel entraîne une augmentation des populations de rongeurs.
• Les modifications des températures et des précipitations provoquent des déplacements des rongeurs et favorisent la survie des bactéries et leur diffusion par les eaux.
• La sécheresse dans certaines zones conduit à la concentration des espèces de mammifères autour des points d’eau, où en même temps les conditions de survie des leptospires sont améliorées, ce qui peut favoriser la contamination des cheptels.

Ainsi, « le risque d’évolution de la leptospirose en fonction du réchauffement climatique peut être qualifié de modéré à élevé »(5). Un pronostic que la forte hausse du nombre de cas en 2014 semble confirmer…

*PCR, polymerase chain reaction / **ELISA IgM, enzyme-linked immunosorbent assay Immunoglobulin M / *** MAT, microscopic agglutination test

 

Références bibliographiques

1. Rapport d’activité 2014, Centre National de Référence de la Leptospirose, Institut Pasteur.
2. Journal Officiel du 14 août 2014.
3. Pour plus d’informations sur la leptospirose liée aux activités de loisirs, voir Regards sur la Leptospirose # 5, Juillet 2015 (disponible sur www.imaxio.com / rubrique News).
4. www.who.int
5. Rapport sur l’évaluation du risque d’apparition et de développement de maladies animales compte tenu d’un éventuel réchau ement climatique, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa), 2005.

Regards sur la Leptospirose n°3

 

Édito

La leptospirose est une maladie méconnue du grand public et potentiellement grave, sur laquelle la communauté scientifique reste engagée en France et dans le monde.

Le Centre National de Référence des Leptospires (CNRL) publie chaque année son rapport d’activité qui rassemble les données de diagnostic de l’année d’exercice : incidence et répartition des cas en France.

Le rapport de l’année 2013, édité cet été, fait état de la plus haute incidence en France métropolitaine de ces 10 dernières années alors que, selon le CNRL, cette incidence reste sous-estimée.

Par ailleurs, la disparité entre les régions semble être la preuve d’une sensibilité inégale des professionnels de santé face à la pathologie.

Alexandre LE VERT, Directeur Général IMAXIO

Leptospirose : vecteurs et sérogroupes

En France métropolitaine, en 2013, le Centre National de Recherche des Leptospires de l’Institut Pasteur de Paris a recensé l’incidence des cas de leptospirose la plus élevée de ces dix dernières années (1). Mais quelle leptospirose ? En effet on pourrait parler de leptospiroses tant il y a de diversité dans le genre Leptospira.

Les leptospires font partie du phylum des spirochètes, microorganismes qui possèdent des caractéristiques uniques dans le monde bactérien : spiralés et dotés d’un organe locomoteur interne, l’endoflagelle, ils sont très mobiles même dans les milieux les plus visqueux. Ce sont des bactéries très répandues dont les genres pathogènes sont à l’origine de maladies humaines telles que la maladie de Lyme, la syphilis, ou encore la leptospirose.

On divise généralement le genre Leptospira en deux groupes : Leptospira biflexa, souches saprophytes et aquicoles, et Leptospira interrogans, souches pathogènes. A ce jour la littérature a décrit 21 espèces de leptospires et plus de 300 sérovars regroupés en une vingtaine de sérogroupes, une classification toujours en évolution(1).

 

21 espèces de leptospires et plus de 300 sérovars regroupés en une vingtaine de sérogroupes

 

Si on peut recenser un très grand nombre de sous-ensembles, il semble cependant que certains sérogroupes du genre Leptospira interrogans soient davantage présents chez certaines espèces porteuses. Ainsi, par exemple, en France le sérogroupe australis semble se retrouver majoritairement chez les bovidés, le sérogroupe canicola chez les canidés, tandis que les rongeurs, les ovins et les porcins sont, entre autres, les porteurs privilégiés du sérogroupe icterohaemorrhagiae(2). Et si les mammifères sont le plus souvent cités, certaines études ont mis en évidence la présence d’anticorps contre les leptospires chez certains reptiles (serpents, lézards, tortues)(3).

Certaines espèces sont dites porteuses saines, répandant les bactéries dans l’environnement via leurs urines mais ne manifestant aucun signe clinique de l’infection, comme les rats par exemple ; d’autres peuvent présenter des signes cliniques mais ceux-ci sont très variés, comme c’est notamment le cas pour les animaux d’élevage et l’Homme, hôte accidentel de la bactérie. Ainsi le cheval peut développer des affections localisées, subaïgues ou chroniques comme les uvéites récidivantes(4), la leptospirose peut également être à l’origine d’avortements ou d’arrêts brutaux de la production de lait chez les bovins(5), etc.

L’épidémiologie humaine de la maladie est en grande partie fonction du réservoir, c’est-à-dire de la faune locale, déterminant les souches circulantes au sein d’une région. Mais pas seulement. Certaines régions présentent des particularités comme Mayotte où le sérogroupe le plus représenté est le sérogroupe mini tandis qu’il est très peu représenté sur les autres îles environnantes et dans le reste du monde(6).

Cependant la répartition des sérogroupes dans les cas d’infections humaines reste très mal connue dans de nombreux pays du fait de la difficulté à poser un diagnostic et des moyens nécessaires à l’identification de la souche en cause. En effet les centres de référence qui pratiquent le test MAT et surveillent les données épidémiologiques locales restent très peu nombreux de par le monde(1).

Des études ont établi

qu’il existait un lien étroit

entre les souches

du sérogroupe Ictéro

et la sévérité de la maladie

Références bibliographiques :

(1) Rapport d’activité 2013, Centre National de Référence des Leptopsires, Institut Pasteur Paris

(2) Rapport d’activité 2010, VetagroSup, Ecole Vétérinaire Lyon

(3) Lindtner-Knific R. et al., Prevalence of antibodies against Leptospira sp. in snakes, lizards and turtles in Slovenia, Acta Veterinaria Scandinavica, 2013 ; 55-65

(4) Hartskeerl R. et al, Classification of Leptospira from the Eyes of Horses Suffering from Recurrent Uveitis, Journal of Veterinary Medicine, April 2004 ; Volume 51 (Issue 3) : pages 110–115

(5) Gaumont R., La leptospirose chez le bétail en Europe, Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 1983 ; 57-63

(6) Desvars A. et al, Similarities in Leptospira Serogroup and Species Distribution in Animals and Humans in the Indian Ocean Island of Mayotte, Am. J. Trop. Med. Hyg., 2012 ; 87(1) : pp. 134–140

(7) Hartskeerl R. et al., Emergence, control and re-emerging leptospirosis :dynamics of the infection in the changing world, Clinical Microbiology and Infection, 2011 ; vol 17 : 494-501

Chez l’Homme, parmi l’ensemble des sérogroupes pathogènes circulants, des études ont établi qu’il existait un lien étroit entre les souches du sérogroupe ictero et la sévérité de la maladie. Le sérogroupe icterohaemorrhagiae, dont le vecteur principal est le rat, est le plus représenté en Europe et notamment en France où la pathologie est surveillée par le Centre National de Référence des Leptospires de l’Institut Pasteur de Paris. Chaque année, le rapport d’activité du CNR fait état de la part des cas de leptospirose humaine dus à chaque sérogroupe :

Ainsi le sérogroupe ictero reste le principal sérogroupe en cause aux alentours de 30% des cas chaque année et jusqu’à 79% dans les DOM COM(1). D’autres sérogroupes peuvent être à l’origine de formes graves, cependant 90% des dyalises et 75% des cas d’oliguries chez les patients atteints de leptospirose sont dus à icterohaemorrhagiae(7).

Interview

Pr Mathieu PICARDEAU, Responsable du Centre National de Référence des Leptospires de l’Institut Pasteur de Paris

On peut lire communément que l’incidence de la leptospirose est estimée à 500 000 cas par an dans le monde, ce chiffre reflète-t-il la réalité ?

Mathieu PICARDEAU. Les derniers chiffres de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) estime à plus d’un million le nombre de cas de leptospirose dans le Monde. Il s’agit d’extrapolation des données issues des bases bibliographiques et des services gouvernementaux. La leptospirose touche avant tout les populations marginalisées dans les pays tropicaux. Cependant, les données sont parcellaires pour certaines régions, notamment en Afrique où, en absence de centre de Référence pratiquant le diagnostic de la leptospirose, peu de cas sont reportés.

Comment peut-on expliquer une telle disparité dans l’incidence de la maladie en fonction des régions en France?

MP. En France, on observe une disparité du nombre de cas au niveau régional mais aussi en fonction des années. Ces disparités s’expliquent en grande partie par l’intérêt que suscite localement la leptospirose, plutôt que par des expositions différentes aux facteurs de risque. Cet effet de sensibilisation des médecins à la maladie est accentué par le faible nombre de cas détectés tous les ans (environ 300 cas en France métropolitaine).

Avez-vous constaté une évolution dans le cadre d’exposition en cause dans les cas de leptospirose recensés ces dernières années? Si oui, quelles explications possibles ?

MP. En absence de données épidémiologiques pour la majorité des cas identifiés en France, il est difficile de constater une évolution. On peut cependant observer que ces dernières années, les expositions suite à des activités de loisirs (sports aquatiques) sont plus fréquentes et que la leptospirose a disparu chez certaines catégories professionnelles à risque telles que les égoutiers, en raison des moyens de prévention mis en place. Il ne faut pas négliger les cas de leptospirose contractés lors de séjour dans des régions endémiques (Amérique Latine, Antilles, Asie du Sud-Est) qui peuvent représenter jusqu’à 30% des cas dans certains pays européens.

Quelles sont les initiatives nationales et internationales de réflexion et de lutte contre la leptospirose auxquelles l’Institut Pasteur participe ?

MP. Le Laboratoire de l’Institut Pasteur est Centre National de Référence et Centre Collaborateur de l’OMS de la leptospirose. A ce titre, notre principale mission est la surveillance épidemiologique de la leptospirose en France métropolitaine et dans les territoires d’Outre Mer. Nous avons ainsi développé des collaborations internationales notamment aves les régions où la leptospirose est endémique comme les Antilles (Martinique, Guadeloupe) ou les îles de Mayotte et de La Réunion. Nous essayons de mieux connaître les souches qui circulent dans ces régions afin d’optimiser les outils de diagnostic et mieux comprendre l’épidémiologie de la maladie. La formation aux techniques de diagnostic est aussi une activité importante du laboratoire qui permet de mettre en place le diagnostic de la leptospirose dans des régions où l’incidence de la leptospirose n’est pas connue.

Le CNRL a pour mission la surveillance épidémiologique de la leptospirose humaine au niveau national

Le Centre National de Référence des Leptospires de l’Institut Pasteur de Paris

Le Centre National de Recherche des Leptospires de l’Institut Pasteur a été créé en 2004 et fait partie de l’Unité de Biologie des Spirochètes qui mène un travail de recherche sur la mise en valeur des facteurs de virulence des leptospires et le développement d’outils génétiques à cet effet.

Le CNRL a pour mission la surveillance épidémiologique de la leptospirose humaine au niveau national en collaboration avec l’InvS (Institut de Veille Sanitaire) et la DGS (Direction Générale de la Santé). Ainsi, chaque année, l’équipe composée de cinq personnes analyse plus de 4 000 échantillons pour diagnostic en première intention, principalement en provenance des Centres Hospitaliers, puis rapporte auprès des autorités la survenue de cas groupés. L’InVs et l’ARS (Agence Régionale de Santé) prennent alors le relais pour réaliser une enquête auprès des personnes infectées et mettre en place les mesures sanitaires adéquates.

Pour suivre l’endémie de la maladie, deux tests de diagnostic sont effectués : un test ELISA développé en interne par le CNR et le test MAT, test de référence de la leptospirose. Le MAT est le seul test qui permet la détermination du sérogroupe, mais il nécessite l’entretien d’un grand nombre de souches vivantes. C’est pourquoi aujourd’hui en France seuls trois autres laboratoires peuvent le proposer. Le CNRL reçoit chaque année une centaine d’échantillons supplémentaires pour identification de la souche responsable de l’infection une fois le diagnostic posé par le praticien. Ces deux tests sont nécessaires pour confirmer le diagnostic, d’une part, et pour connaître les souches circulantes ainsi que leur évolution. Grâce à ces informations les outils de diagnostic peuvent être adaptés au fil du temps en fonction de l’épidémiologie des régions. Mme Bourhy, Responsable Adjointe du CNRL insiste sur l’importance de cette cartographie qui permet de mieux comprendre la maladie et de constater l’émergence de nouveaux sérogroupes, comme ce fut le cas notamment à Mayotte où le diagnostic de la maladie a pu être optimisé en fonction de sa spécificité.

Au niveau mondial, le CNRL fait également partie des sept Centres Collaborateurs de l’OMS, avec pour mission la contribution aux recherches épidémiologiques et la conservation des souches types de Leptospira et des antisérums spécifiques pour le développement d’outils diagnostic en cas d’épidémie.

Nous tenons à remercier Mme Bourhy pour son aide précieuse lors de la rédaction de cet article.

Agenda :

2 octobre 2014
Demi-journée d’information sur la leptospirose,
Chambéry

16 au 18 avril 2015
Rassemblement European Leptospirosis Society, Royal Tropical Institute,
Amsterdam

 

22 au 24 avril 2015
Journées Scientifiques Européennes des SDIS,
Pont du Gard

27 au 29 mai 2015
Les 33e Journées Santé Travail BTP,
Limoges