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La Leptospirose

Une maladie infectieuse sous estimée et potentiellement grave

Étiquette : rapport CNRL

Regards sur la Leptospirose n°15

Dr Pascale BOURHY,

Directrice Adjointe du Centre National
de Référence de la Leptospirose à
l’Institut Pasteur

Incidence de la leptospirose en France : une recrudescence qui s’installe

Alors que le nombre de cas de leptospirose avait doublé en 2014 et 2015 par rapport aux années précédentes, les derniers chiffres publiés par le Centre National de Référence de la Leptospirose (CNRL) pour 20161 confirment la recrudescence de la maladie, avec 600 cas en moyenne par an sur les 3 dernières années en France métropolitaine. Si l’incidence liée à des activités de loisirs en milieu aquatique augmente, la leptospirose reste une maladie professionnelle qui touche différents métiers. Quel est l’état des lieux en Métropole et en Outre-Mer ?

“L’augmentation du nombre de cas de leptospirose sur notre territoire s’installe de manière durable depuis 2014.”

Elle pourrait être due au réchauffement climatique, à la hausse des comportements à risques liée à l’engouement pour les sports aquatiques ainsi qu’à la meilleure performance des kits de diagnostic. En tout cas, selon le Dr Pascale Bourhy Responsable Adjointe du Centre National de Référence de la Leptospirose, une chose est sûre : l’augmentation du nombre de cas de leptospirose sur notre territoire s’installe de manière durable depuis 2014.

En Métropole, pour la troisième année consécutive, près de 600 cas ont été comptabilisés en 2016, avec une incidence supérieure à 0,9 cas pour 100 000 habitants. Comme les années précédentes, le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est le principal sérogroupe retrouvé chez les cas diagnostiqués (39% des cas en 2016 ; 28-37% des cas sur la période 2011-2015).

Les régions Nouvelle Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Corse, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur sont les plus touchées, avec une incidence supérieure à 1 cas pour 100 000 habitants. Les moins touchées sont les Hautes-de-France et l’Ile-de-France.

Le nombre de cas est plus élevé entre juillet et septembre, période où les activités de loisirs en extérieur ainsi que les activités agricoles sont plus nombreuses(2).

2013 2014 2015 2016 2016
Nombre de cas Nombre de cas Nombre de cas Nombre de cas Incidence / 100 000 hab.
Auvergne-Rhône-Alpes 99 58 93 85 1,08
Bourgogne-Franche-Comté 47 33 47 37 1,31
Bretagne 22 46 34 41 1,24
Centre-Val de Loire 9 39 23 20 0,77
Corse 6 6 5 4 1,22
Grand Est 16 48 48 46 0,82
Hauts-de-France 16 52 44 33 0,55
Ile-de-France 37 93 72 76 0,63
Normandie 14 54 31 31 0,93
Nouvelle-Aquitaine 45 78 83 83 1,41
Occitanie 28 37 50 47 0,81
Pays de la Loire 34 53 35 37 1,00
Provence-Alpes-Côte d’Azur 12 30 66 52 1,04
total Métropole 385 627 631 592 0,93

Incidence de la leptospirose par région en Métropole(1)

Le saviez-vous ?

Historiquement, la leptospirose est associée à un risque professionnel. Parmi les différents noms qui lui ont été donnés depuis sa première description à la fin du XIXe siècle, nombreux sont ceux qui évoquent des métiers concernés par la maladie : maladie des égoutiers, fièvre des coupeurs de joncs, fièvre des champs, fièvre des marais, maladie des porchers, fièvre de la canne à sucre, fièvre des rizières, fièvre des ramasseurs de pois…  Ils en montrent bien la diversité(4,8).

Dans les régions d’Outre-Mer, 660 cas ont été recensés en 2016. Ces régions, qui sont soumises à une saison des pluies et à des phénomènes climatiques extrêmes, sont particulièrement touchées parla leptospirose. L’incidence est 5 fois plus élevée à La Réunion qu’en Métropole, et 70 fois plus à Mayotte. Le CNRL précise que le nombre de cas est sous-estimé du fait des faiblesses des  systèmes de surveillance mis en place et du manque de sensibilisation des médecins locaux. A noter que Mayotte est le seul de ces territoires où le sérogroupe Icterohaemorrhagiae n’est pas présent.

2016 2016
Nombre de cas Incidence / 100 000 hab.
Guadeloupe 116 29
Martinique 117 29
Guyane 46 19
Ile de la Réunion 45 5
Mayotte 155 71
Polynésie française 111 40
Nouvelle-Calédonie 70 24
Total Outre-Mer 660

Incidence de la leptospirose dans les régions d’Outre-Mer(1)

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.com
ou leptospirose@imaxio.com

Une origine professionnelle dans 1/3 des cas…

Professions à risque 2001 – 2003 CNRL national 2010 – 2014 ARS Normandie
Agriculture ou élevage 42% 46%
Pisciculteurs 4% 15%
Eboueurs 8%
Stations épuration-déchets 2% 8%
BTP et travaux publics 23% 8%
Jardiniers, paysagistes 9% 8%
Sapeurs-pompiers plongeurs 8%
Eaux et Forets 4%
Filière alimentaire 4%
Militaires 3%
Égouts-voiries 2%
Autres 6%

Répartition des expositions professionnelles à risque parmi les cas recensés par le CNRL en 2001-2003 et l’ARS Normandie en 2010-2014(3,5)

Selon les données épidémiologiques disponibles pour la France métropolitaine, environ un tiers des cas de leptospirose sont associés à une exposition professionnelle. Ainsi, l’étude faite par le CNRL sur la période 2001 à 20033 montre que 37% des cas recensés et documentés sur cette période concernent des patients exerçant une activité professionnelle à risque.
A une échelle plus réduite, une étude des leptospiroses diagnostiquées au CHU de Rouen entre 1995 et 2012 montre une contamination professionnelle dans 24% des cas, soit 10 sur 414. Trois de ces patients étaient agriculteurs, trois étaient ouvriers des espaces verts. Les autres n’exerçaient pas une activité professionnelle initialement jugée à risque. Toutefois, il y avait parmi eux un chauffeur poids lourd qui avait été en contact avec des animaux pouvant être contaminés lors d’un transport de bétail, ainsi qu’un chef d’atelier qui avait manipulé sur son lieu de travail des cartons détrempés par l’eau, à proximité d’une entreprise récemment dératisée.
Toujours en Normandie, une étude menée par l’Institut de Veille Sanitaire a permis de caractériser la population touchée par la leptospirose sur la période 2010-20145. Elle montrait également qu’un tiers des cas de leptospirose avait une exposition professionnelle, mais surtout que 54% des patients de Normandie qui étaient en activité au moment de la survenue de la maladie exerçaient une profession à risque. Même si l’origine de la contamination n’a pas pu être confirmée, la leptospirose dans cette région particulièrement touchée est bien plus fréquemment associée à une exposition professionnelle qu’à une activité récréative.
Déjà importante en Métropole, la proportion des cas associés à une exposition professionnelle augmente de manière significative dans les régions d’Outre-Mer. En Guyane, une étude menée sur la période 2007-2014 dans les hôpitaux de Cayenne et de Saint-Laurent du Maroni a révélé une activité professionnelle à risque dans 64% des cas (31/48)6,7.

Selon les données épidémiologiques disponibles pour la France métropolitaine, environ un tiers des cas de leptospirose sont associés à une exposition professionnelle. Ainsi, l’étude faite par le CNRL sur la période 2001 à 20033 montre que 37% des cas recensés et documentés sur cette période concernent des patients exerçant une activité professionnelle à risque.
A une échelle plus réduite, une étude des leptospiroses diagnostiquées au CHU de Rouen entre 1995 et 2012 montre une contamination professionnelle dans 24% des cas, soit 10 sur 414. Trois de ces patients étaient agriculteurs, trois étaient ouvriers des espaces verts. Les autres n’exerçaient pas une activité professionnelle initialement jugée à risque. Toutefois, il y avait parmi eux un chauffeur poids lourd qui avait été en contact avec des animaux pouvant être contaminés lors d’un transport de bétail, ainsi qu’un chef d’atelier qui avait manipulé sur son lieu de travail des cartons détrempés par l’eau, à proximité d’une entreprise récemment dératisée.
Toujours en Normandie, une étude menée par l’Institut de Veille Sanitaire a permis de caractériser la population touchée par la leptospirose sur la période 2010-20145. Elle montrait également qu’un tiers des cas de leptospirose avait une exposition professionnelle, mais surtout que 54% des patients de Normandie qui étaient en activité au moment de la survenue de la maladie exerçaient une profession à risque. Même si l’origine de la contamination n’a pas pu être confirmée, la leptospirose dans cette région particulièrement touchée est bien plus fréquemment associée à une exposition professionnelle qu’à une activité récréative.
Déjà importante en Métropole, la proportion des cas associés à une exposition professionnelle augmente de manière significative dans les régions d’Outre-Mer. En Guyane, une étude menée sur la période 2007-2014 dans les hôpitaux de Cayenne et de Saint-Laurent du Maroni a révélé une activité professionnelle à risque dans 64% des cas (31/48)6,7.

Références bibliographiques

1. Rapport d’activité 2016, Centre National de Référence de la Leptospirose, Institut Pasteur.
2. Bourhy P, Septfons A, Picardeau M. Diagnostic, surveillance et épidémiologie de la leptospirose en France. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):131-7.
3. BarantonGet Postic D. La leptospirose en France de 2001 à 2003, Synthèse réalisée parle CNRdes leptospires, Institut Pasteur, Paris.
4. Fasquel J. Etude rétrospective des leptospiroses diagnostiquées au CHU de Rouen entre 1995 et 2012. Th. D. Pharm., Rouen, 2014, 130 p.
5. Watrin M. Etude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010-2014. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016. 28 p.
6. Le Turnier P, et al. 0368. Human leptospirosis in French Guiana: first multicentric transversal study (2007-2014). 26th European Congress of Clinical Microbiology and Infectious Diseases (ECCMID); 9-12 April 2016, Amsterdam, Netherlands.
7. Epelboin L, et al. La leptospirose humaine en Guyane : état des connaissances et perspectives. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):168-75.
8. Peyrethon C. “Leptospirose―Quels Moyens De Prévention En Milieu Professionnel ?” Archive Des Maladies Professionnelles Et De L’environnement 73, no. 1 (2012) : 37–47.

Regards sur la Leptospirose n°12

Mathieu Picardeau

Responsable du Centre National de
Référence de la Leptospirose (CNRL)
et Centre Collaborateur de
l’Organistion Mondiale de la Santé
(OMS) pour la leptospirose à l’Institut
Pasteur de Paris.

Nouvelle année record en France pour le nombre de cas de leptospirose

Selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France dans un numéro spécial du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH)1, la leptospirose a atteint pour la deuxième année consécutive en 2015 une incidence record sur le sol métropolitain, avec 1 cas pour 100 000 habitants. Dans les Départements et Collectivités d’Outre-Mer, elle constitue un problème de santé publique significatif, avec des cas qui peuvent être particulièrement sévères.

Selon Mathieu Picardeau, responsable du Centre National de Référence de la Leptospirose (CNRL), la France métropolitaine est l’un des pays industrialisés les plus touchés par cette maladie2. Avec 631 cas enregistrés en 2015, la forte recrudescence déjà notée en 2014 est confirmée, l’incidence étant deux fois plus élevée qu’en 2011. Dans les Départements et Collectivités d’Outre-Mer (DOM-COM), l’incidence est de 5 à 50 fois plus élevée qu’en métropole. En métropole, ce sont les régions Champagne-Ardenne et Franche- Comté qui ont été les plus touchées en 2015, avec une incidence supérieure à 2 cas pour 100 000 habitants. Depuis 2011, la Franche-Comté a d’ailleurs systématiquement présenté une incidence supérieure à la moyenne nationale, les autres régions les plus touchées étant la Basse-Normandie et l’Aquitaine. A l’inverse, l’Alsace, le Languedoc-Roussillon, la Picardie et la Lorraine sont plus épargnées. Plus de 75% des cas sont des hommes, avec un âge moyen de 45 ans, et un plus grand nombre de cas a été recensé sur chacun des mois d’août à octobre.


Incidence de la leptospirose par région
Source : CNRL

“Rappel :

Dans ses formes les plus sévères,  la leptospirose peut entraîner une insuffisance rénale aiguë, des atteintes neurologiques, des troubles hémorragiques majeurs, une insuffisance respiratoire, et dans certains cas le décès du patient.”

Les DOM-COM : une zone endémique

Si la leptospirose est une zoonose cosmopolite, elle est plus particulièrement favorisée par un climat chaud et humide, en particulier celui des Départements et Collectivités d’Outre-Mer, où la population est plus largement exposée. Dans ces régions, où l’endémicité est soutenue, les épisodes pluvieux intenses et événements climatiques extrêmes entraînent régulièrement des épidémies. A cela s’ajoute une urbanisation mal contrôlée, avec des zones insalubres propices à la propagation des rongeurs. La leptospirose est donc considérée comme un problème de santé publique majeur sur ces territoires. Une étude menée à La Réunion montre que, contrairement à ce qui se passe en métropole, les contaminations liées aux activités agricoles ou professionnelles restent largement prépondérantes par rapport à celles qui sont liées aux loisirs 3. Même constat en Guyane, où une activité professionnelle à risque a été retrouvée dans 64% des cas analysés entre 2007 et 2014, notamment l’orpaillage 4.

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com

Le sérogroupe Icterohaemorrhagiae associé aux cas les plus sévères

Le BEH nous rappelle que la leptospirose est une des zoonoses les plus répandues dans le monde, et qu’elle pourrait être responsable de quatre fois plus de décès que la dengue 5. Le sérogroupe Icterohaemorrhagiae, responsable d’environ 1/3 des cas recensés par le CNRL chaque année, est le plus présent sur nos territoires. Il est aussi associé aux formes les plus graves. Ainsi, une étude menée en Franche-Comté montre que ce sérogroupe est responsable de 67% des cas graves à l’hôpital 6. De plus, Taylor, dans sa revue de la littérature mondiale publiée en 2015, soulignait qu’il était lié à une mortalité bien supérieure à celle des autres sérogroupes pour les cas non traités de leptospirose, avec un taux de 13,6% 7.

A la Réunion, en particulier, la leptospirose revêt des formes particulièrement graves. Le sérogroupe Icterohaemorrhagiae, largement majoritaire, y est responsable de nombreux cas sévères, souvent avec atteinte pulmonaire 3,8. Entre 2004 et 2015, 93% des malades identifiés ont été hospitalisés et 33% ont été admis en service de réanimation au cours de leur hospitalisation. La létalité moyenne sur la période est de 5%, malgré la densité et la qualité du système de soins. Il est intéressant de noter que les rats ne sont pas les seuls responsables des contaminations humaines sur l’île et que les nombreux chiens errants, infectés par les génotypes de L. interrogans retrouvés dans la totalité des cas humains graves, pourraient être à l’origine d’un nombre important de ces cas 8.

Une étude récente menée en Martinique montre également que le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est à l’origine de 91% des cas sévères entre 2010 et 2013 et qu’il est clairement associé au degré de gravité de la maladie 9. Même conclusion en Guadeloupe, où il a été associé à 75% des cas sévères analysés en 2003/2004 10, et en Nouvelle-Calédonie où il a été associé à 77% des cas mortels entre 2008 et 2011 11.

Dans ces régions, le renforcement des mesures de prévention et la vaccination contre la leptospirose à Icterohaemorrhagiae pour les professions à haut risque représentent des enjeux importants pour diminuer l’incidence et la létalité de la leptospirose 3.

Références bibliographiques

1. La leptospirose dans les régions et départements français d’outre-mer. BEH 8-9. 4 avril 2017. Disponible sur http://invs.santepubliquefrance.fr
2. Bourhy P, Septfons A, Picardeau M. Diagnostic, surveillance et épidémiologie de la leptospirose en France. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):131-7.
3. Pagès F, Kurtkowiak B, Jaffar-Bandjee MC, Jaubert J, Domonte F, Traversier N, et al. Épidémiologie de la leptospirose à La Réunion, 2004-2015. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):137-46.
4. Epelboin L, Le Turnier P, Picardeau M, Schaub R, Petit-Sinturel M, Villemant N, et al. La leptospirose humaine en Guyane : état des connaissances et perspectives. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):168-75.
5. Bertherat E. Éditorial. La leptospirose: une maladie émergente ou un problème émergent ? Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):130.
6. Estavoyer JM et al. Leptospirosis in Franche-Comté (FRANCE): Clinical, biological, and therapeutic data. Med Mal Infect. 2013 Sep;43(9):379-85.
7. Taylor AJ, et al. (2015). A Systematic Review of the Mortality from Untreated Leptospirosis. PLoS Negl Trop Dis 9(6): e0003866.
8. Tortosa P, Dellagi K, Mavingui P. Les leptospiroses dans les îles françaises de l’Océan Indien. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(8-9):157-61.
9. Hochedez P, et al. Factors Associated with Severe Leptospirosis, Martinique, 2010-2013. Emerg Infect Dis. 2015 Dec.
10. Herrmann-Storck C et al. Severe Leptospirosis in Hospitalized Patients, Guadeloupe. Emerg Infect Dis. 2010 Feb; 16(2): 331–334.
11. Tubiana S et al. Risk Factors and Predictors of Severe Leptospirosis in New Caledonia. PLoS Negl Trop Dis. 2013 Jan; 7(1): e1991.

Regards sur la Leptospirose n°6

La France voit le nombre de cas de leptospirose doubler en 2 ans !

Dans son rapport d’activité annuel, qui vient d’être publié(1), le Centre National de Référence de la Leptospirose (CNRL) indique qu’il a recensé 628 cas de cette maladie en France métropolitaine en 2014. Avec une incidence de 0,98 cas pour 100 000 habitants, la plus forte depuis 80 ans, 2014 est une année record. Pour rappel, le nombre de cas enregistrés en 2013 était de 385, avec une incidence qui était déjà la plus forte depuis la deuxième guerre mondiale, et tournait en moyenne autour de 300 les années précédentes.

Une maladie mortelle, difficile à diagnostiquer
* Plus d’1 million de cas sévères chaque année dans le monde, associant insu‰sance rénale aigüe, atteinte neurologique et hémorragies.
* 5 à 20 % de mortalité. * De nombreuses formes cliniques, non spécifiques.
* La France est le pays industrialisé qui a le taux d’endémie le plus élevé. Source : CNRL

Parmi les cas comptabilisés en 2014, plus de 75% sont des hommes et l’âge moyen est de 45 ans. 94% des cas documentés n’ont pas effectué de voyage dans une zone endémique (Asie du Sud-Est, Océan Indien, Antilles) le mois précédant l’apparition des symptômes. C’est donc bien sur le territoire métropolitain que la maladie a été contractée.

Les régions les plus touchées sont la Basse-Normandie, avec une incidence qui atteint 2,57 cas pour 100 000 habitants, la Corse et la Franche-Comté. L’incidence est également supérieure à la moyenne nationale dans les régions Champagne- Ardenne, Centre, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Bretagne et Aquitaine.

Le nombre de cas est plus important en août et en septembre, ce qui confirme le caractère saisonnier de la maladie, mais des cas ont été enregistrés toute l’année.

Pour plus d’information :
www.leptospirose-prevention.fr
ou leptospirose@imaxio.com

Comment expliquer une telle recrudescence ?

L’année 2014 a vu un changement significatif de la Nomenclature des Actes de Biologie Médicale pour le diagnostic de la leptospirose(2). Depuis le 4 septembre 2014, la PCR* et l’ELISA IgM** sont remboursés par l’assurance maladie, alors que le MAT*** ne l’est plus. En conséquence, l’ELISA IgM** est maintenant largement utilisé à la place du MAT***.

La mise en oeuvre de ces nouvelles méthodes pourrait avoir un impact sur le nombre de cas diagnostiqués. Toutefois, les analyses menées par le CNRL suggèrent que l’influence du changement de la nomenclature sur la recrudescence du nombre de cas de leptospirose en France est mineure. En août 2014, alors que ce changement n’était pas encore effectif, le nombre de cas était déjà deux fois supérieur à celui d’août 2013(1). De plus, on retrouve une augmentation du nombre de cas dans d’autres pays européens.

Le CNRL estime que ce phénomène pourrait être dû au réchauffement climatique et à l’augmentation des comportements à risques liés à la pratique des sports aquatiques(3).

L’impact du réchauffement climatique

L’impact du réchauffement climatique est l’une des priorités du Conseil exécutif de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui a approuvé en 2015 un nouveau plan de travail sur le changement climatique et la santé. L’OMS estime en eet que ses eets risquent dans l’ensemble d’être très largement négatifs. Elle souligne en particulier que les conditions météorologiques influent fortement sur les maladies à transmission hydrique(4).

Un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), paru en 2005(5), classe la leptospirose parmi les affections humaines susceptibles d’être impactées par le changement climatique en France métropolitaine. Quel peut être le lien entre le réchauffement des températures et l’augmentation du nombre de cas ? La transmission de la maladie peut s’effectuer soit par contact direct avec les urines des animaux réservoirs (principalement les rongeurs), soit par les eaux douces souillées par ces urines. A une température supérieure à 4°C, l’eau douce permet une survie prolongée des leptospires. Selon l’Afssa, l’impact du changement climatique se manifeste donc à plusieurs niveaux :

• La disparition de périodes de gel entraîne une augmentation des populations de rongeurs.
• Les modifications des températures et des précipitations provoquent des déplacements des rongeurs et favorisent la survie des bactéries et leur diffusion par les eaux.
• La sécheresse dans certaines zones conduit à la concentration des espèces de mammifères autour des points d’eau, où en même temps les conditions de survie des leptospires sont améliorées, ce qui peut favoriser la contamination des cheptels.

Ainsi, « le risque d’évolution de la leptospirose en fonction du réchauffement climatique peut être qualifié de modéré à élevé »(5). Un pronostic que la forte hausse du nombre de cas en 2014 semble confirmer…

*PCR, polymerase chain reaction / **ELISA IgM, enzyme-linked immunosorbent assay Immunoglobulin M / *** MAT, microscopic agglutination test

 

Références bibliographiques

1. Rapport d’activité 2014, Centre National de Référence de la Leptospirose, Institut Pasteur.
2. Journal Officiel du 14 août 2014.
3. Pour plus d’informations sur la leptospirose liée aux activités de loisirs, voir Regards sur la Leptospirose # 5, Juillet 2015 (disponible sur www.imaxio.com / rubrique News).
4. www.who.int
5. Rapport sur l’évaluation du risque d’apparition et de développement de maladies animales compte tenu d’un éventuel réchau ement climatique, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa), 2005.